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CEMAC : China Railway déraille sur la route camerounaise

Dans une CEMAC où les grands projets d’infrastructures reposent largement sur les financements extérieurs et où la question de la gouvernance des marchés publics devient de plus en plus scrutée, le coup de tonnerre vient du Cameroun.

La Banque africaine de développement (BAD) vient d’exclure pour 13 mois China Railway 20th Bureau Group Corporation Ltd (CR20) de ses opérations financées. Motif : une « pratique frauduleuse » établie par une enquête de son Bureau de l’intégrité et de la lutte contre la corruption. Pendant cette période, le groupe chinois et ses sociétés affiliées ne pourront participer aux activités financées par la BAD. La sanction, annoncée le 24 septembre, s’applique jusqu’au 23 octobre 2027.

Le chantier
L’affaire ramène au cœur du dossier la route Ntui-Mankim, pièce du vaste corridor Batchenga-Ntui-Yoko-Tibati-Ngaoundéré, destiné notamment à fluidifier les échanges entre le Centre et le septentrion camerounais et, au-delà, à renforcer les connexions régionales. CR20 avait obtenu en 2021 les travaux des tronçons Ntui-Ndjolé, 60 km, et Ndjolé-Mankim, 36,7 km, ainsi que 73 km de routes communales. Les contrats représentaient près de 59,4 milliards FCFA TTC. La BAD avait alors donné son avis de non-objection sur l’attribution. � Mais le chantier n’a pas exactement roulé à tombeau ouvert. Retards, pénalités, difficultés d’exécution : en 2023, les autorités faisaient état d’avancements très en deçà des délais contractuels. CR20 a ensuite perdu le tronçon Ndjolé-Mankim, avant qu’une suspension des décaissements de la BAD n’intervienne en 2024 sur Ntui-Ndjolé pour des questions environnementales et sociales. Ces épisodes sont toutefois distincts de la nouvelle sanction pour pratique frauduleuse : la BAD n’établit publiquement aucun lien entre eux.

Mystère
C’est ici que le bitume laisse place aux zones grises. La BAD confirme la sanction, mais ne dit pas quelle déclaration, quel document, quelle opération ou quel comportement a constitué la pratique frauduleuse. Elle ne chiffre pas non plus un éventuel préjudice financier. Impossible, donc, de transformer la sanction en accusation de détournement ou de surfacturation : les éléments publics ne le permettent pas. La Banque précise en revanche que le retour de CR20 dans ses marchés sera conditionné à la réalisation satisfaisante d’un programme de conformité en matière d’intégrité. Pour la CEMAC, le signal est néanmoins sérieux : les grands corridors routiers ne sont plus seulement des kilomètres de chaussée à construire. Ils sont aussi des chaînes de financement, de passation des marchés, de contrôle et de traçabilité. Et lorsque le bailleur brandit le carton rouge, même temporaire, c’est toute la gouvernance du chantier qui se retrouve sous les projecteurs.

JRMA

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