CEMAC : la dette ronge le social sous l’arbitrage de la croissance

La pauvreté ne recule plus de manière significative dans l’ensemble des six États de la Communauté. Quelques 25 millions de personnes y vivent avec moins de 3 dollars par jour, pendant que le service de la dette continue de capter de larges marges des budgets publics.

Vingt-cinq millions de personnes vivent dans l’extrême pauvreté avec moins de 3 dollars par jour au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Le rapport du Baromètre d’août pointe que 53% des ménages vivent avec moins de 4,2 dollars, et plus de 81% avec moins de 8,3 dollars. Autant de facteurs qui placent la Communauté à la traîne de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).La Banque mondiale décrit en détail un modèle à bout de souffle, étranglé par l’énergie, les routes et un secteur privé asphyxié. La conséquence qui y est associée est une croissance trop faible pour absorber une population qui augmente de 3% par an et qui reste coincée entre la rente extractive et l’emploi public. D’un pays à l’autre, le taux de pauvreté s’est installé à plus de 28% pour le Cameroun. Il va de 3,4% au Gabon à 51,7% au Congo et 67,1% en Centrafrique à fin 2025. « Certes, la pauvreté a progressivement reculé, mais des réformes économiques s’imposent de toute urgence pour permettre une réduction plus rapide de la pauvreté, en stimulant davantage la croissance du secteur privé, en investissant davantage dans le développement du capital humain et en créant davantage d’opportunités d’emploi dans des secteurs diversifiés », rapporte la Banque mondiale dans le rapport cité supra.
La croissance cale
La croissance de la zone devrait atteindre 3,2% en moyenne sur la période 2026-2028, selon le rapport. Ces perspectives restent cependant insuffisantes pour créer des emplois dans un contexte marqué par la réalité du chômage : près de 10% de la population active, soit le double de la moyenne subsaharienne et quatre fois celle de l’UEMOA. Au Cameroun, le nombre de pauvres augmentera de 840 000 d’ici 2028, pour dépasser 9 millions. Tout cela ne s’améliore pas, selon les observations de l’institution. Elle énonce quatre blocages structurels majeurs qui étouffent le secteur privé, voilant toutes perspectives : les infrastructures, l’accès au financement, l’électricité et la corruption. Le tout sur fond de contraintes budgétaires. La dette publique régionale atteint désormais 53,6 % du PIB. Les paiements d’intérêts atteignent 1,4% du PIB. Au Cameroun, malgré un fonds de 50 milliards de FCFA pour les femmes et les jeunes inscrit au budget 2026, la hausse du service de la dette rogne les dépenses sociales. La Banque mondiale appelle à prioriser les infrastructures de base et le capital humain ; améliorer la gouvernance et assainir les finances publiques ; créer les conditions pour attirer du capital privé à grande échelle.
Louise Nsana



