CEMAC : quand le réseau tient, les secours suivent

Les catastrophes ne connaissent ni frontières ni indicatifs téléphoniques. Une inondation, une tempête ou la rupture d’une infrastructure peut rapidement perturber les communications dans plusieurs territoires. Pour les pays de la CEMAC, cette vulnérabilité pose une question très concrète : comment maintenir le lien lorsque survient la crise ?

Réunis les 15 et 16 septembre à Brazzaville, une cinquantaine de représentants de huit pays d’Afrique centrale, dont le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad, ont travaillé sur un cadre commun pour les Plans nationaux de télécommunications d’urgence. L’initiative, portée par l’UIT, l’Assemblée des régulateurs de télécommunications de l’Afrique centrale et l’ARPCE, dépasse ainsi la seule logique nationale.
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Pour les États de la CEMAC, la continuité des télécommunications devient progressivement une composante de la gestion des catastrophes. Lorsque les réseaux fonctionnent, les autorités peuvent alerter les populations, coordonner les secours, organiser l’acheminement de l’aide et accélérer le rétablissement des services essentiels. Lorsqu’ils s’effondrent, c’est toute la chaîne de réponse qui peut être ralentie.
Le directeur général de l’ARPCE, Louis-Marc Sakala, a qualifié cette continuité de « nécessité vitale ». Une formule qui résume le changement de perspective : les télécommunications ne sont plus seulement considérées comme un secteur économique ou un service marchand, mais comme une infrastructure stratégique en période d’urgence.
L’enjeu est encore plus sensible dans une région où les territoires sont vastes, les infrastructures parfois dispersées et les catastrophes susceptibles de franchir les frontières. Cosmas Zavazava, directeur du Bureau de développement des télécommunications de l’UIT, plaide ainsi pour une architecture sous régionale des télécommunications d’urgence fondée sur le partage des infrastructures et la mutualisation des ressources critiques.
Pour la CEMAC, une telle approche pourrait renforcer la capacité des États à se prêter assistance lorsque leurs propres moyens sont saturés ou endommagés. Elle suppose toutefois des procédures compatibles, des équipements interopérables et une connaissance précise des ressources disponibles chez les voisins.
Le document-cadre examiné à Brazzaville doit permettre à chaque pays de disposer d’un modèle adaptable à ses réalités nationales, tout en favorisant une réponse coordonnée. Il s’agit notamment d’identifier les acteurs, de recenser les moyens techniques et de définir à l’avance les procédures d’intervention.
Cette logique d’anticipation pourrait devenir un maillon supplémentaire de la coopération régionale. Pour les États de la CEMAC, la question n’est donc plus seulement de développer les réseaux, mais de s’assurer qu’ils restent disponibles lorsque les circonstances deviennent exceptionnelles. Le défi est désormais de faire de la connectivité un véritable outil de résilience régionale. Comme l’a résumé Kô Goma, directeur de cabinet du ministre congolais des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique : « Sans connectivité, rien de tout cela n’est possible ».
Bobo Ousmanou



