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CEMAC : Six pays et six visages de la vulnérabilité économique

Endettement, dépendance au pétrole, réserves en berne, etc. La Banque mondiale passe au crible la capacité de chaque pays de la zone à encaisser les chocs extérieurs.

Les pays d’Afrique centrale multiplient les vulnérabilités

La Banque mondiale dresse un état des lieux des vulnérabilités économiques des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) dans son Baromètre d’août 2026. Il en ressort qu’aucun pays de la zone ne cumule tous les atouts pour un dynamisme économique avéré. Certains sont bien exposés aux prix du pétrole mais criblés de dettes ; d’autres affichent des finances plus saines mais restent à la merci d’un choc climatique ou sécuritaire. Selon les experts de l’institution, l’exposition de chaque pays dépend de trois facteurs combinés : notamment le degré de dépendance aux importations et exportations d’hydrocarbures, la vulnérabilité macroéconomique sous-jacente, principalement en matière de dette et de réserves de change, et la marge de manœuvre budgétaire disponible pour amortir les effets d’un choc.

Tchad

La dette publique demeure la plus faible de la sous-région (30,2 % du PIB). La croissance économique y a par ailleurs atteint 5,6 % en 2025, portée par l’expansion du secteur pétrolier et non pétrolier. La Banque mondiale relève toutefois que le pays continue de faire face à d’importants défis humanitaires, avec l’accueil de plus de 1,5 million de réfugiés, ce qui appelle une vigilance particulière sur les finances sociales. « Les risques de dégradation comprennent l’insécurité régionale, les fragilités du secteur financier, les chocs climatiques et l’afflux croissant de réfugiés. La hausse des prix du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient pourrait également augmenter les coûts de transport et de logistique, contribuant ainsi à l’inflation et à une facture d’importation plus élevée », lit-on.

Cameroun

S’agissant du Cameroun, premier pôle économique de la Communauté, le rapport souligne une dette publique maîtrisée : 43,8 % du PIB en 2025, contre 44,8 % l’année précédente. Le déficit budgétaire s’est néanmoins creusé à 2,2 % du PIB, en raison notamment d’une baisse conjoncturelle des recettes liée au contexte postélectoral. Les autorités camerounaises ont, pour leur part, engagé plusieurs réformes en matière de numérisation des recettes fiscales, dont les effets commencent à se faire sentir sur la mobilisation des ressources intérieures. « Le service de la dette du Cameroun a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie et représentait en 2025 un tiers des dépenses totales, soit plus du triple du chiffre de 2013 qui était d’un peu moins de 10 pour cent. Le fardeau élevé du service de la dette augmente les pressions sur la marge de manœuvre pour d’autres dépenses. Par exemple, les dépenses sociales ne représenteront que 17,9 pour cent du budget en 2026 », souligne le rapport Baromètre économique.

République centrafricaine

La Banque mondiale observe une exposition plus marquée aux fluctuations des cours du pétrole, le pays figurant parmi les rares importateurs nets d’hydrocarbures de la zone. Le déficit budgétaire y demeure élevé, à 5,6 % du PIB (contre 2,5 % prévus), dans un contexte de besoins de financement extérieur importants. « Pour parvenir à un niveau de stabilité macro-budgétaire qui permettrait au pays de s’engager sur une trajectoire de croissance soutenue et de réduire la pauvreté, il est nécessaire de procéder d’urgence à des réformes dans le secteur pétrolier, l’environnement des affaires, la politique budgétaire et la gestion des finances publiques, ce qui pourrait également contribuer à débloquer davantage d’aide des bailleurs de fonds », renseigne l’institution.

République du Congo

La dette publique congolaise reste la plus élevée de la Communauté, à 97,4 % du PIB, malgré un léger recul par rapport à 2024. Les autorités congolaises ont eu recours à des émissions d’euro-obligations pour refinancer une partie de la dette à court terme, une opération saluée par les analystes comme un signal de confiance des marchés, bien qu’elle appelle à une gestion prudente des risques de change. « Si les émissions d’eurobonds ont apporté un soulagement temporaire, elles augmentent les risques de change et de liquidité, car le service de la dette libellée en dollars dans un contexte de baisse des entrées de devises dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) pourrait affaiblir les réserves et accentuer les vulnérabilités macroéconomiques. Le compte courant est devenu déficitaire, atteignant 2,5 pour cent du PIB en 2025, sous l’effet de la baisse des recettes d’exportation de pétrole et d’une légère baisse de l’inflation à 2,9 pour cent. »

Gabon

Le Gabon, de son côté, a vu sa dette progresser sensiblement, pour s’établir autour de 82 % du PIB, dans un contexte de dépenses publiques d’investissement soutenues. Le gouvernement gabonais a annoncé un audit de la dette publique ainsi que la sollicitation d’un programme auprès du Fonds monétaire international (FMI), démarche saluée comme une mesure de transparence et de bonne gouvernance. « Le conflit au Moyen-Orient se traduirait par une hausse temporaire des prix du pétrole, ce qui aurait pour effet de soutenir les recettes pétrolières et la valeur des exportations du Gabon. Cependant, ce conflit est également susceptible d’accroître l’inflation et pourrait nuire à la demande mondiale d’autres produits et augmenter les primes de risque et l’insécurité alimentaire. La manne pétrolière potentielle devrait être utilisée avec prudence pour permettre au pays de reconstituer des réserves et des amortisseurs budgétaires. Les risques budgétaires et les coûts d’emprunt élevés nécessitent toujours des décisions difficiles pour augmenter les recettes fiscales, apurer les arriérés et rationaliser les dépenses publiques. Certaines réductions dans les dépenses d’infrastructure pourraient avoir un impact négatif sur la croissance, d’où la nécessité d’une stratégie visant à préserver les priorités de développement et à améliorer l’efficacité des dépenses », lit-on.

Guinée équatoriale

La Guinée équatoriale a enregistré la plus faible performance économique de la zone, avec une contraction du PIB de 5,8 % en 2025, sous l’effet du déclin continu de sa production pétrolière. Les autorités équato-guinéennes poursuivent néanmoins la mise en œuvre d’un programme de réformes structurelles visant à diversifier l’économie nationale. « Les données montrent que les recettes budgétaires ont diminué, passant de 17,3 pour cent du PIB en 2024 à une estimation de 16,3 pour cent du PIB en 2025, principalement sous l’effet de la baisse des recettes d’hydrocarbures, qui sont passées de 14,0 pour cent à 12,5 pour cent du PIB. La hausse des cours du pétrole n’a pas suffi à compenser la baisse de la production d’hydrocarbures, entraînant une nouvelle diminution des recettes tirées des hydrocarbures. Du côté des dépenses, les dépenses publiques totales ont diminué, passant de 17,8 pour cent à une estimation de 16,8 pour cent du PIB en 2025. La combinaison de la baisse des recettes et d’un ajustement seulement partiel des dépenses s’est traduite par un déficit budgétaire global estimé à 0,5 pour cent du PIB en 2025 », indiquent les experts.

Louise Nsana

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