Commerce agricole : la Cemac face au défi des normes
L’accélération des activités et l’adoption de règles communes constituent des enjeux majeurs pour faciliter les échanges agricoles et renforcer la compétitivité des produits de la sous-région. Ces défis étaient au cœur des travaux du comité de pilotage réuni à Douala, le 7 octobre 2026.

L’harmonisation des règles phytosanitaires en Afrique centrale reste un chantier à consolider. A Douala, le 7 octobre 2026, la deuxième session ordinaire du Comité de pilotage (Copil) du projet consacré à cette réforme a mis en lumière une priorité : accélérer la mise en œuvre des activités pour éviter que les retards accumulés ne compromettent les objectifs fixés. Au terme des échanges, les participants ont adopté, sous réserve d’amendements, le plan de travail annuel et le cadre logique révisés.
Présidés par Simplice Arcadius Iwanga, directeur général de l’agriculture de la République du Congo, les travaux ont réuni les représentants des ministères de l’agriculture des six Etats membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale ( Cemac), ainsi que les responsables du pôle régional de recherche appliquée au développement des systèmes agricoles d’Afrique centrale ( Prasac), du Conseil phytosanitaire interafricain ( CPAC) et plusieurs partenaires technologiques.
Derrière cette réunion de coordination se joue un enjeu commercial majeur. La diversité des réglementations nationales et les difficultés à harmoniser les exigences sanitaires peuvent compliquer la circulation des produits entre les pays et leur accès aux marchés extérieurs. Dans un contexte marqué par la mise en place de Zone de libre-échange continental africaine ( Zlecaf), la convergence des règles phytosanitaires constitue un levier pour faciliter les échanges, tout en renforçant la protection des végétaux contre les organismes nuisibles.
Des retards qui impose une réorganisation
Les discussions du Copil ont toutefois révélé les difficultés rencontrées dans l’exécution du projet. L’ état de mise en oeuvre des recommandations de la première session a notamment fait ressortir des contraintes de trésorerie au sein des institutions de la Cemac qui ont empêché l’application de certaines décisions. Le comité a également revelé que le budget du projet avait atteint un taux de décaissement de 50% à la suite du dernier transfert direct du standard and Trade development facility (STDF), mécanisme de financement consacré aux normes commerciales et sanitaires.
Sur le plan technique, les participants ont examiné les activités retenues lors de l’atelier de relance du projet. Les débats ont porté sur leur pertinence, leur faisabilité et la hiérarchisation des indicateurs de résultats. Le plan de travail et le cadre logique ont finalement été adoptés avec amendements, mais le budget révisé reste à finaliser.
Le Prasac a demandé un délai supplémentaire pour intégrer les observations budgétaires. Le comité a recommandé la transmission du document aux membres pour amendement, avant une validation par visioconférence. Cette décision traduit une volonté de remettre le projet sur une trajectoire opérationnelle. Le Copil a notamment demandé l’élaboration d’un chronogramme mensuel, plus précis qu’une programmation trimestrielle, afin de mieux suivre l’avancement des activités et de repérer rapidement les éventuels blocages.
Une prorogation envisagée jusqu’à 12 mois
La question du calendrier a également conduit les participants à examiner les perspectives de fin de projet. Face aux retards techniques constatés, le comité a recommandé au STDF d’accorder au Prasac et au Cpac de préparer une enquête officielle au cours du premier trimestre 2027, pour une prolongation maximale de douze mois.
Cette extension reste à solliciter et à obtenir auprès du bailleur. Elle doit permettre de disposer du temps nécessaire pour mener à terme les activités prévues, sans préjuger de la décision qui sera prise.
Gouvernance du projet
Le comité a regretté de ne pas avoir été associé au processus ayant conduit à la signature, le 1er avril 2026, d’une convention de collaboration entre le Prasac et la FAO-LEGN pour la mise en œuvre des activités du module 2 de l’ECP. Si les premières activités de partenaire ont été lancées, cet épisode souligne les attentes des membres en matière de concertation et de transparence dans la conduite du programme. Des textes à adapter aux nouveaux défis.
Au-delà de la production des de textes harmonisés, le projet devra intégrer des préoccupations désormais incontournables: approche << One heath >>, changement climatique, genre, inclusion et systèmes alimentaires. Le comité a insisté sur la prise en compte de ces dimensions dans l’élaboration des textes réglementaires. Il a également recommandé la préparation d’un document de plaidoyer destiné à favoriser leur adoption. Car l’élaboration de règles communes ne suffira pas si celles-ci ne sont ni validées ni effectivement appliquées par les États concernés.
L’enjeu est donc double: produire un cadre législatif cohérent à l’échelle de la Cemac et créer les conditions de son appropriation par les administrations et les acteurs agricoles. Pour les producteurs et les opérateurs commerciaux, les bénéfices attendus dépendront de la capacité des pays à rapprocher leurs pratiques et à rendre les exigences phytosanitaires plus lisibles.
A Douala, le Copil a posé de nouveaux jalons, mais le véritable test reste celui de l’exécution. Entre révision budgétaire, réorganisation du calendrier et éventuelle prorogation, le projet entre dans une phase où la concrétisation des engagements devra désormais primer sur leu formulation.



