Consommation : Yaoundé dans l’étau de l’abondance et la flambée des prix des produits alimentaires
La tomate et le piment deviennent plus accessibles, tandis que le riz, le poisson et l’oignon coûtent davantage. Dans les marchés de la capitale, ces évolutions contradictoires compliquent les arbitrages des ménages et mettent certains producteurs à rude épreuve.

Dans les marchés de Mvog-Ada, Mokolo et du Mfoundi, les étals de tomates et de piments témoignent d’une offre particulièrement abondante. Conséquence : les prix dégringolent, pour le plus grand bonheur des consommateurs. « Aujourd’hui, la tomate arrive en grande quantité. Le panier de 50 kilos, qui coûtait jusqu’à 25 000 FCFA, se vend désormais entre 6 500 et 8 000 FCFA », explique Marie Zibi, commerçante au marché Mokolo. Le piment suit la même tendance, avec un sac proposé autour de 10 000 FCFA dans plusieurs marchés de la capitale. De quoi soulager, au moins temporairement, les budgets familiaux. Mais cette embellie reste partielle. Car si certaines denrées deviennent plus abordables, d’autres continuent de renchérir, absorbant une bonne partie des économies réalisées. « Quand la tomate baisse, c’est une bonne chose. Mais quand je vais acheter le riz ou le poisson, je dépense beaucoup plus qu’avant », déplore Clémence Mvondo, ménagère rencontrée au marché du Mfoundi.
Le riz, aliment incontournable dans de nombreux foyers, illustre cette pression persistante sur le pouvoir d’achat. Le sac de 50 kilos, autrefois vendu autour de 20 000 FCFA, atteint désormais 24 000 FCFA. Le poisson n’est pas épargné : selon plusieurs vendeurs interrogés, le maquereau est passé d’environ 1 800 à 2 500 FCFA l’unité. « Les clients se plaignent tous les jours. Nous achetons plus cher auprès des fournisseurs et sommes obligés de répercuter une partie des coûts », explique Pierre Mbarga, vendeur de produits halieutiques à Mvog-Ada.
L’oignon connaît également une hausse que les commerçants associent aux difficultés d’approvisionnement et aux contraintes logistiques. Dégradation des routes, coût du carburant et transport depuis les bassins de production du Nord et de l’Ouest figurent parmi les facteurs avancés par les acteurs de la filière. « Les producteurs sont là et les produits existent. Mais il faut les transporter », souligne Abdoulaye Ousmanou, grossiste en produits agricoles. Ainsi, l’abondance sur certains étals ne suffit pas à contenir la hausse des prix d’autres denrées : les circuits d’approvisionnement et les coûts de distribution continuent de peser sur les marchés urbains.
Cette baisse des prix agricoles a, par ailleurs, son revers. Si les consommateurs profitent de la chute des cours de la tomate, les producteurs ne sont pas nécessairement gagnants. Lorsque l’offre dépasse les capacités d’écoulement, les récoltes perdent de leur valeur et les revenus agricoles s’amenuisent. « Nous vendons parfois à perte parce que l’offre est trop importante. Sans infrastructures de conservation ou de transformation, beaucoup de producteurs n’ont pas le choix », confie Tchama, cultivateur dans le Centre.
Du champ au marché, les déséquilibres de la chaîne de valeur pénalisent ainsi tantôt les producteurs, tantôt les consommateurs. Pour de nombreuses familles, la hausse du coût de certaines denrées impose déjà des ajustements alimentaires, notamment une réduction des achats de poisson. L’amélioration des routes rurales, le développement des capacités de stockage, la transformation des produits périssables et la modernisation des circuits de distribution apparaissent dès lors comme des leviers essentiels. Car une récolte abondante ne devrait pas condamner le producteur à vendre à perte, pas plus qu’une difficulté logistique ne devrait alourdir indéfiniment la facture du consommateur.
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