Crise dans les universités publiques : les failles de l’enseignement supérieur mises à nu

Cinq heures de concertation au MINESUP. Le ministre Jacques Fame Ndongo affiche des chiffres, ouvre de nouveaux recensements et obtient des syndicats un discours de confiance. La dette académique de plus de 15 milliards reste majoritairement impayée et les retards sur l’allocation recherche 2026 s’installent déjà.

Vendredi 11 septembre 2026, le Pr. Jacques Fame Ndongo réuni syndicats, recteurs et représentants des ministères des Finances et du Travail. L’objectif : « examiner le climat social et tracer les voies de l’apaisement ». Le ministre insiste sur les chiffres, soutenant que « nous avons réglé 41 % de la dette académique, soit près de 7 milliards sur un stock consolidé de 15,498 milliards. Le processus est en cours et un nouveau recensement permettra de clarifier la dette flottante 2020-2025 ».
Face à lui, les syndicats affichent une posture conciliante. Le Pr. Confidence Ngam, secrétaire général du Synes, affirme que « tous les points ont été pris en compte. Nous avons obtenu des assurances que les paiements se poursuivront ». Le Pr. Jean Bertrand Amougou, représentant du FOTEC, lui, salue « des solutions objectives » et la « sincérité » des autorités. Même tonalité du côté du SESUP, qui parle d’un « dialogue franc » malgré les inquiétudes persistantes.
Inquiétudes
Sur l’allocation spéciale pour la modernisation de la recherche, le ministre a rappelé qu’« en 2025, les 16 milliards prévus ont été intégralement versés ». Mais pour 2026, les enseignants constatent déjà des retards. Un universitaire, sous couvert d’anonymat, nuance : « le premier trimestre n’a été payé qu’à 82 %. Le deuxième est en cours, mais nous n’avons aucune visibilité sur les deux derniers. Cela fragilise la planification des projets scientifiques ».
Le Pr. Blaise Mtopi Fotso, conseiller technique au MINESUP, tente de rassurer, arguant de ce que « les requêtes sont en cours de traitement. Les missions d’évaluation ordonnées par le Premier ministre permettront d’ajuster les décaissements ».
Une unanimité officielle, mais des doutes persistent
Dans la presse, aucune voix discordante n’a été relayée. Pourtant, certains enseignants rencontrés à la sortie de la réunion expriment une prudence plus marquée. « On nous demande de faire confiance, mais depuis onze ans, plus de la moitié de la dette reste impayée », confie un enseignant de l’université de Yaoundé I. « Tant que nous serons des créanciers de seconde zone, la paix sociale sera fragile ».
A la fin, il rajoute : « le communiqué final remercie le président Paul Biya et promet une rentrée sereine. Mais la sérénité ne se décrète pas, elle se construit sur des engagements tenus. »
Payer 41 % d’une dette vieille de vingt ans et ouvrir un nouveau recensement ne constitue pas un règlement, mais une technique de gestion de crise. Les paroles rassurantes des autorités contrastent avec les inquiétudes silencieuses des enseignants. La question n’est plus de savoir si l’État peut payer, mais s’il veut réellement solder ce qui est dû.
Tom



