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Décentralisation : 844 millions FCFA pour muscler les mairies

Avec ce pactole, la Banque mondiale mise sur les compétences pour transformer les CTD en administrations vraiment efficaces.

Instant de présentation officielle des documents signés par les parties à Yaoundé

844 millions FCFA. Le chiffre mérite qu’on s’y arrête. À Yaoundé, ce lundi 31 août 2026, la décentralisation camerounaise a changé de dimension : la National School of Local Administration (NASLA) et le Projet Gouvernance Locale et Communautés Résilientes (PROLOG) ont signé un mémorandum d’entente pour renforcer les capacités des Collectivités territoriales décentralisées (CTD). Derrière le vocabulaire administratif, une question très concrète : que vont produire ces 844 millions pour les citoyens ? L’argent, mobilisé avec l’appui de la Banque mondiale, doit bénéficier à 145 CTD dans six régions (Adamaoua, Est, Extrême-Nord, Nord, Nord-Ouest et Sud-Ouest) et permettre de former plus de 2 000 responsables et personnels administratifs et financiers. Une enveloppe qui ne devrait donc pas seulement financer des formations, mais contribuer à rendre les collectivités plus capables de gérer l’argent, les hommes et les services publics.

Investir
Le calcul est simple : 844 millions pour 145 collectivités, soit une enveloppe moyenne théorique d’environ 5,8 millions FCFA par CTD si l’on divisait mécaniquement la totalité du financement. Évidemment, le dispositif ne fonctionne pas comme un partage de gâteau entre mairies : les ressources servent à organiser et financer un programme de renforcement des capacités. Mais cette comparaison donne une idée de l’effort consenti. Le véritable enjeu est désormais celui du rendement administratif. Former des agents coûte de l’argent ; ne pas les former peut en coûter beaucoup plus lorsqu’une mauvaise procédure, une gestion approximative ou un service défaillant finit par pénaliser la collectivité. La Banque mondiale mise donc sur le capital humain local, là où la décentralisation se confronte quotidiennement à la réalité.

Former
Trois domaines concentrent l’investissement : gestion administrative et financière, ressources humaines et état civil. Rien de très spectaculaire en apparence. Pourtant, c’est précisément dans cette plomberie administrative que se joue une partie de l’efficacité publique. Une collectivité doit savoir programmer ses dépenses, gérer ses personnels, sécuriser ses procédures et produire des documents fiables. L’état civil, notamment, n’est pas une formalité secondaire : derrière un acte de naissance se trouvent l’identité, l’accès aux droits et l’existence administrative du citoyen. Les 844 millions doivent donc contribuer à faire de la compétence un outil de performance. Car une mairie peut disposer de compétences transférées, de responsabilités nouvelles et même de ressources : si les équipes ne savent pas les gérer, la décentralisation reste une belle mécanique sans carburant.

Rendre
Le choix des six régions donne à l’opération une portée particulière. Dans des territoires confrontés à des défis économiques, sociaux et parfois sécuritaires considérables, les CTD sont en première ligne. Elles doivent répondre aux besoins des populations avec des moyens souvent contraints et des personnels aux profils variés. Le renforcement des capacités apparaît dès lors moins comme une dépense de fonctionnement que comme un investissement dans la proximité. Avec ces 844 millions, l’ambition est de professionnaliser ceux qui administrent au plus près des citoyens. Mais l’argent public appelle une exigence simple : pouvoir mesurer ce qu’il produit. Combien d’agents mieux formés ? Quelles procédures améliorées ? Quels délais réduits ? Quels services rendus plus efficacement ? La question du bilan devra accompagner celle du financement.

Prouver
C’est ici que se trouve le vrai rendez-vous. Le mémorandum est signé, les 844 millions sont mobilisés, les bénéficiaires sont identifiés. Reste le plus difficile : transformer les millions en compétences et les compétences en résultats. Le succès du programme ne se mesurera pas au nombre de séminaires organisés ni au volume de certificats distribués. Il se verra dans la gestion des communes, dans la qualité des services, dans la fiabilité de l’état civil, dans une administration du personnel moins approximative et dans une utilisation plus rigoureuse des ressources locales. Les 844 millions FCFA ne sont donc pas une fin. Ils constituent un pari. Celui de faire comprendre que la décentralisation ne consiste pas seulement à rapprocher les responsabilités du citoyen, mais à rapprocher aussi la compétence de celui qui vient demander un service public. Et, pour une mairie, être proche, c’est bien. Être efficace, c’est mieux.

Jean-René Meva’a Amougou

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