Données digitales : Bâtir un espace numérique sans frontières
Réunis à Douala du 31 août au 4 septembre 2026, les experts des États membres de la CEEAC ont engagé une nouvelle étape vers l’harmonisation de la gouvernance transfrontalière des données. Un chantier technique, mais surtout stratégique pour une région qui veut accélérer son intégration économique à l’heure du numérique.

À Douala, les frontières ne sont pas seulement une affaire de postes de contrôle, de corridors routiers ou de formalités douanières. Elles sont désormais numériques. Du 31 août au 4 septembre 2026, la capitale économique camerounaise a accueilli l’atelier régional d’engagement des parties prenantes consacré à l’élaboration d’un cadre régional de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) sur la gouvernance transfrontalière des données.
Derrière cette formulation très institutionnelle se joue un enjeu majeur : permettre aux données de circuler entre les pays de la région dans un environnement juridiquement sécurisé, techniquement cohérent et compatible avec les ambitions d’intégration économique de la CEEAC.
Pendant cinq jours, les experts des États membres ont notamment examiné le niveau de préparation des différents pays et confronté leurs contributions techniques. Objectif : identifier les piliers devant structurer le futur cadre régional et dégager un consensus suffisamment solide pour passer de la réflexion à l’action.
Le chantier est d’autant plus sensible que les économies africaines produisent et échangent chaque jour davantage de données. Commerce électronique, services financiers, administration numérique, télécommunications, santé, transport, fiscalité ou encore intelligence artificielle : aucune de ces activités ne peut durablement prospérer dans un espace où les données s’arrêtent à la frontière comme autrefois les camions devant les postes de douane.
Une infrastructure invisible de l’intégration
Pour la CEEAC, la question dépasse donc largement la protection des données personnelles. Il s’agit de construire une véritable architecture régionale capable d’accompagner la transformation numérique et de fluidifier les échanges.
L’absence de règles harmonisées peut en effet créer des coûts supplémentaires pour les entreprises, compliquer les échanges entre administrations et freiner l’émergence de services numériques opérant à l’échelle régionale. À l’inverse, un cadre commun pourrait favoriser l’interopérabilité des systèmes, sécuriser les échanges et offrir aux acteurs économiques un environnement plus prévisible.
Le message porté à Douala est ainsi celui d’une intégration qui ne se limite plus aux infrastructures physiques. Après les routes, les ports, les réseaux électriques et les télécommunications, les données deviennent à leur tour une infrastructure stratégique.
À l’ouverture des travaux, le Directeur des Postes, Télécommunications et de l’Économie numérique de la CEEAC, Guichard Tsangou Wanvoukissa, a rappelé aux experts leur responsabilité dans ce processus. Ils constituent, selon lui, les chevilles ouvrières de la démarche et auront notamment la charge de contribuer à la mise en œuvre et au suivi des recommandations issues des assises.
Vers un marché numérique régional ?
L’ambition est claire : faire émerger progressivement des règles communes là où la fragmentation réglementaire pourrait devenir un frein à l’intégration. Le futur cadre régional devra donc trouver un équilibre entre souveraineté numérique des États, sécurité des échanges et nécessité de faciliter la circulation des données.
L’atelier bénéficie de l’appui technique et financier de la GIZ, de l’AUDA-NEPAD, de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et de la Commission de l’Union africaine (CUA). Cette mobilisation traduit aussi l’importance continentale du sujet.
Ongoung Zong Bella



