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Douala-Yaoundé : quand l’autoroute déraille, la CEMAC paie la facture

En attendant l’autoroute Yaoundé-Douala, le Cameroun remet à niveau son axe historique. Selon des sources proches du dossier, le projet porte sur la reconstruction de 167 kilomètres de route nationale N°3 entre Yaoundé et Édéa, répartis en trois lots pour un délai prévisionnel de 30 mois.

Derrière ce chantier se dessine une question économique régionale : combien coûte à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) le vieillissement de ses infrastructures de transport ?
Le Cameroun occupe une position stratégique dans les échanges sous régionaux grâce au port de Douala, porte d’entrée maritime pour les marchandises destinées au marché national, mais aussi à la République Centrafricaine et au Tchad. Pour ces deux économies enclavées, la fluidité des corridors camerounais conditionne une partie du coût des importations. Une route dégradée ralentit les camions, augmente les frais d’entretien des véhicules et perturbe les livraisons. Ces contraintes alourdissent les charges des transporteurs et des importateurs, avec des répercussions possibles sur les prix à la consommation et la compétitivité des entreprises.

La reconstruction de la RN3 pourrait donc produire des bénéfices dépassant les frontières camerounaises. Une chaussée plus fiable faciliterait les déplacements entre la capitale politique et la métropole portuaire, tout en améliorant la continuité des chaînes logistiques. Mais cette perspective doit être relativisée : la route ne représente qu’un maillon d’un dispositif plus vaste. Les formalités douanières, les contrôles routiers et les délais aux frontières continuent de peser sur le commerce régional. Pour les opérateurs, la performance d’un corridor se mesure au coût total du transport et au temps nécessaire pour acheminer une cargaison, non au seul état du bitume.
Le projet révèle une contradiction de la CEMAC : les économies sont interdépendantes, mais les infrastructures restent largement conçues et financées à l’échelle nationale. Le Cameroun supporte la responsabilité des travaux, tandis que leurs retombées peuvent profiter aux pays voisins. Cette situation plaide pour une meilleure coordination communautaire des investissements, en particulier sur les axes reliant Douala à Bangui et à N’Djamena.

Concrètement, la CEMAC gagnerait à suivre des indicateurs communs : coût du transport par tonne, durée du transit, délais de passage aux frontières et fréquence des interruptions de circulation. Ces données permettraient d’identifier les tronçons qui pénalisent le plus les échanges et de hiérarchiser les investissements. La simplification des documents de transit et l’application effective des règles communautaires devraient accompagner les travaux routiers. Sans cette coordination, les gains obtenus sur la chaussée risquent d’être absorbés par les lenteurs administratives.

La question est également productive. Une meilleure liaison avec Douala peut faciliter l’approvisionnement des industries, l’écoulement des produits agricoles et le développement des services logistiques. Encore faut-il que les territoires traversés bénéficient de ces améliorations et que les entreprises locales puissent capter une partie de la valeur créée.

La reconstruction de la RN3 constitue ainsi une réponse pragmatique aux retards de l’autoroute. Mais elle ne saurait remplacer une stratégie régionale des transports. Pour la CEMAC, le véritable défi consiste à transformer les routes nationales en corridors économiques intégrés. Quand l’autoroute déraille, la facture voyage : à la CEMAC de faire en sorte qu’elle ne devienne pas le prix permanent de sa désunion.

JRMA

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