Écoles normales privées: l’agrément qui divise
Un décret du 28 août 2026 impose désormais un agrément strict à toute école normale privée d’instituteurs. Objectif affiché : assainir un secteur envahi par l’informel. Mais pour les petits promoteurs, c’est une nouvelle barrière.

« Nous ne demandons qu’à être contrôlés, mais pas éliminés », lâche sous couvert d’anonymat, un fondateur d’école rencontré au rez-de-chaussée de l’immeuble ministériel n°1, abritant les services du Ministère de l’Enseignement supérieur. Son établissement, ouvert depuis huit ans, forme chaque année une trentaine d’élèves-maîtres faute de places dans le public. Le décret lui donne un an pour se conformer. Un an pour réunir un casier judiciaire, des statuts, un registre de commerce, et surtout adhérer à une organisation de fondateurs reconnue. « Sans adhésion, pas d’agrément. C’est un passage obligé qui verrouille tout », déplore-t-il.
La procédure est précise : dépôt en janvier, avis régional sous 15 jours, saisine ministérielle sous 30 jours, avis de la Commission technique sous 90 jours. L’agrément, valable cinq ans, ne peut être cédé ni transmis. L’État reprend la main sur la formation des maîtres. « C’est une nécessité », reconnaît-on dans les couloirs du Minsup. Un cadre de ce ministère reconnait que « trop d’écoles délivrent des diplômes sans programme sérieux ni encadrement ». Mais il ajoute, prudent : « Le diable est dans les détails.»
Premier angle mort : les coûts. Le décret confie au ministre seul le soin de fixer les frais d’étude du dossier, sans plafond annoncé. « Combien ? Personne ne sait », s’inquiète notre promoteur. « Avec l’adhésion obligatoire, les frais de dossier, les justificatifs, on peut facilement dépasser le million. Pour nous, c’est rédhibitoire ».
Deuxième silence : les recours. Aucune voie de contestation n’est prévue en cas de rejet ou de retrait d’agrément. « Dans un pays où les décisions administratives sont rarement contestées avec succès, ce vide pèse sur les plus faibles », commente-t-il. Troisième défi : les délais. Un an pour se mettre en règle, alors que les délégations régionales manquent de moyens. « Nous allons instruire des centaines de dossiers avec deux agents », soupire notre cadre administratif. « Les plus connectés passeront, les autres seront noyés ».
Ce haut responsable du ministère défend le texte : « Nous devons garantir la qualité des enseignants. C’est un impératif ». Mais il concède : « Il faudra un suivi pour que la régulation ne devienne pas une sélection par les moyens ». Car en zone périphérique ou dans les régions à forte tension sécuritaire, ces écoles privées pallient souvent l’absence de l’État. « Fermez-nous, et des milliers d’enfants n’auront plus de maîtres », alerte le fondateur.
Le décret donne à l’État les outils du contrôle. Reste à savoir s’il saura les manier sans étouffer les initiatives qui, malgré leurs imperfections, maintiennent vivante l’école là où elle vacille. L’assainissement est juste. Mais la manière dont on l’applique dessinera toujours des gagnants… et des perdants.
Tom



