Énergie : la CEMAC veut mettre les données au courant

Du 21 au 25 septembre à Libreville, les six pays de la CEMAC vont chercher à financer et à rendre opérationnels leurs systèmes nationaux d’information énergétique. Objectif : disposer enfin de données fiables et comparables pour mieux piloter un secteur stratégique.

Dans le secteur de l’énergie, une donnée manquante peut peser lourd. Combien produit-on ? Combien consomme-t-on ? Où se situent les déficits ? Quels investissements faut-il engager et à quel horizon ? En Afrique centrale, ces questions restent parfois difficiles à documenter avec des statistiques suffisamment régulières, fiables et harmonisées.
C’est précisément à cette faiblesse que veut s’attaquer la CEMAC. Du 21 au 25 septembre 2026, Libreville, au Gabon, accueillera une importante réunion consacrée à la mobilisation des ressources nécessaires à la mise en œuvre des Systèmes d’information énergétique nationaux (SIEN).
Avant la séquence ministérielle, des experts doivent examiner les aspects techniques et financiers du dispositif. Puis viendra le temps des décisions politiques, avec la participation des ministres chargés de l’Énergie des six États membres de la CEMAC.
Réunion
La rencontre réunira également des représentants de l’Union africaine, de l’AFREC ainsi que plusieurs partenaires techniques et financiers. Elle s’inscrit dans le cadre du projet d’Harmonisation et d’Amélioration des Statistiques en Afrique de l’Ouest et du Centre.
La Commission de la CEMAC entend ainsi transformer un chantier statistique en outil de politique publique. Son président, S.E. Baltasar Engonga Edjo’o, est annoncé à Libreville pour cette séquence. Il sera accompagné du commissaire chargé du Département des Politiques économique, monétaire et financière (DPEMF), qui assure le pilotage du projet.
Derrière les acronymes et les réunions techniques, le sujet est très concret. Sans statistiques énergétiques suffisamment solides, les États disposent de moins de visibilité pour anticiper leurs besoins, programmer leurs investissements ou mesurer les effets de leurs politiques publiques.
Financement
La CEMAC attend donc de cette réunion autre chose qu’une déclaration de principe. L’une des priorités affichées consiste à obtenir l’appropriation politique des plans d’action nationaux. Autrement dit, chaque État doit inscrire le développement de son système d’information énergétique dans ses propres priorités.
Autre attente : les financements. La mise en place d’un système statistique ne s’arrête pas à l’achat de logiciels ou à la production ponctuelle d’un rapport. Elle suppose des équipes, des équipements, des procédures, des bases de données et une actualisation régulière des informations.
La CEMAC souhaite ainsi que les États membres prévoient des ressources budgétaires nationales pérennes. Une manière de réduire la dépendance aux financements extérieurs et de garantir la continuité du dispositif.
Régional
À terme, l’ambition dépasse les frontières nationales. Les données produites par les différents pays doivent pouvoir être rapprochées et exploitées à l’échelle communautaire. C’est tout l’intérêt du futur Système d’information énergétique régional de la CEMAC (SIE-CEMAC). Son opérationnalisation doit permettre de disposer d’un cadre commun pour collecter, harmoniser, analyser et diffuser les informations relatives au secteur énergétique.
Pour les décideurs communautaires, l’enjeu est notamment de pouvoir disposer d’une photographie plus précise du système énergétique régional. Production, consommation, échanges, infrastructures et besoins futurs pourront alors être analysés dans une perspective dépassant les seuls cadres nationaux.
Décision
La réunion de Libreville intervient donc à un moment où la CEMAC cherche à renforcer ses outils de pilotage économique. Dans une région où les projets énergétiques nécessitent des investissements importants et où les interconnexions entre pays peuvent constituer un levier de développement, la qualité de l’information devient elle-même une infrastructure.
Les ministres devront notamment examiner les conditions permettant de passer des plans d’action à leur financement et à leur exécution. La mobilisation des partenaires techniques et financiers devra compléter l’engagement des États.
À Libreville, la CEMAC entend ainsi poser les bases d’un système régional capable de parler le même langage statistique. Car avant de produire davantage d’énergie, encore faut-il savoir précisément où elle manque, où elle circule et où elle sera nécessaire demain.
Rémy Biniou



