Finance régionale : La CEMAC et l’UMOA unissent leurs marchés pour bâtir l’Afrique de demain

Une alliance inédite entre régulateurs ouvre la voie à un financement moins dépendant des États et davantage porté par les marchés de capitaux.

À Libreville, le 6 juillet dernier, la finance régionale a choisi de parler d’une seule voix. En réunissant régulateurs, assureurs, banques et investisseurs autour du financement des infrastructures, la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF) a franchi une étape stratégique avec la signature d’une convention tripartite associant la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA) et l’Autorité des marchés financiers de l’Union monétaire ouest-africaine (AMF-UMOA). Un rapprochement qui traduit l’ambition de faire des marchés de capitaux un moteur de développement plutôt qu’un simple espace d’échange de titres.
Coopération renforcée
Au-delà de sa portée institutionnelle, l’accord ouvre la voie à une coopération renforcée entre les deux principaux espaces financiers francophones d’Afrique. Les trois organismes entendent mutualiser leurs expériences, rapprocher leurs cadres réglementaires, renforcer les compétences des autorités de supervision et favoriser l’émergence de nouveaux instruments financiers capables de répondre aux immenses besoins de financement des économies africaines.
Le message est clair : face à des États dont les marges budgétaires restent limitées, les marchés financiers doivent prendre une place croissante dans le financement des infrastructures, de la transition énergétique et des grands projets structurants.
Expérience
Les discussions ont également permis de mettre en avant des réalisations concrètes. La Façade Maritime du Champ Triomphal (FMCT) est revenue sur l’émission, en 2021, des deux premiers green bonds d’Afrique centrale destinés au financement de la Baie des Rois, au Gabon. Cette opération avait permis de lever 20 milliards de FCFA selon le principe du Project Finance, où la capacité du projet à générer des revenus constitue la principale garantie du remboursement, réduisant ainsi le recours aux garanties souveraines.
Cette expérience est désormais présentée comme un modèle susceptible d’inspirer d’autres États de la CEMAC. Elle démontre qu’il est possible d’attirer des capitaux privés vers des projets d’intérêt public en s’appuyant sur des mécanismes financiers innovants et sur une gouvernance crédible.
Pour Emmanuel Edane, directeur général de la FMCT, la transformation économique des villes africaines passera inévitablement par une mobilisation plus importante de l’épargne régionale. Selon lui, le financement des infrastructures ne peut plus dépendre exclusivement des budgets publics ou de l’endettement souverain. Des marchés de capitaux plus profonds, plus liquides et mieux intégrés constituent désormais un levier indispensable pour accompagner l’urbanisation, soutenir les investissements productifs et accélérer la croissance.
À travers cette convention, la COSUMAF, la CIMA et l’AMF-UMOA affichent ainsi une vision commune : bâtir un espace financier africain davantage intégré, capable de canaliser l’épargne vers les besoins de développement du continent. Pour la CEMAC, longtemps confrontée à un marché financier peu dynamique, cette coopération régionale pourrait marquer le début d’un changement d’échelle dans le financement de ses ambitions économiques.
Bobo Ousmanou



