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Gaz domestique : les ménages pris en otage

La pénurie de gaz domestique frappe Yaoundé et Douala depuis plusieurs semaines. Ce n’est pas qu’une simple fatalité logistique. C’est une véritable crise énergétique. L’opacité des entreprises publiques et la dépendance aux importations sacrifient le quotidien des plus vulnérables.

Depuis le mois d’août, les stations-service des deux principales métropoles camerounaises sont devenues des lieux de désespoir. Des bouteilles vides alignées au sol, des femmes, hommes et enfants qui patientent des heures pour repartir bredouilles. Olive, une mère d’enfants rencontrée dans une station-service à Olembé est épuisée après avoir sillonné plusieurs quartiers de Yaoundé. « On m’a dit de revenir ici et que je trouverai du gaz à bon prix. Mais hélas ! Comment vais-je faire pour nourrir les enfants ce soir ? », s’interroge-t-elle.

Cette crise n’est pas une surprise. La SCTM, l’un des principaux distributeurs, croule sous les dettes envers la SCDP. Ses stocks ont été bloqués par l’État, aggravant la pénurie. À cela s’ajoute l’arrêt de la Sonara depuis 2019 et le départ du navire LNG Hilli Episeyo en juillet, qui a réduit à néant la production nationale de GPL.

Le Cameroun, pays pétrolier, dépend désormais à 100 % des importations pour son gaz domestique. Une vulnérabilité qui expose les ménages aux moindres chocs logistiques. « Nous sommes dans une situation paradoxale : un pays producteur incapable d’assurer son propre approvisionnement », analyse le Dr Ombe Onana Marc, économiste. « L’État sera obligé de subventionner les importations, aggravant un déficit budgétaire déjà criard ».

Le prix officiel de la bouteille de 12,5 kg (6 500 FCFA) est devenu illusoire. Les consommateurs paient entre 8 500 et 10 000 FCFA. La Ligue Camerounaise des Consommateurs dénonce ces pratiques, son président arguant que « les familles modestes sont les premières victimes ». Yvonne, une ménagère rencontrée à Mélen, témoigne : « j’ai acheté un sac de charbon à 7 000 FCFA. Avec le transport, ça m’a coûté 8 500 FCFA ». C’est, certes, une alternative coûteuse et dangereuse puisqu’elle expose nos foyers à la fumée et accélère la déforestation. Mais on va faire comment ? ».

La pénurie actuelle n’est pas qu’une question logistique. Elle révèle une dépendance totale aux importations et une gouvernance défaillante. En attendant une refonte systémique, les ménages camerounais continuent de payer le prix fort.

Tom

PENURIE DE GAZ le petit commerce au bord de l’asphyxie

La raréfaction du gaz domestique ne paralyse pas seulement les ménages. Elle étouffe aussi l’économie informelle et les petites entreprises. Les commerçants de Yaoundé et Douala luttent pour leur survie.

À Elig-Essono, les petits restaurants sont les premières victimes. Emmanuel, gérant d’un tournedos confi : « j’ai acheté ma bouteille à 10 000 FCFA. Le vendeur disait qu’il n’avait pas assez de stock. Comment répercuter ça sur les prix sans perdre mes clients ? ». Mireille Mbang, une autre restauratrice, raconte : « J’ai fait dix jours à chercher du gaz. Quand j’ai trouvé, j’ai payé 8 500 FCFA. Je n’ai pas le choix, mes clients attendent. Une omelette au feu de bois, ce n’est pas possible ».

Les petits commerçants absorbent la hausse des coûts ou perdent leur clientèle. Contrairement aux grandes entreprises, ils n’ont ni stocks stratégiques ni contrats privilégiés. Ils subissent de plein fouet la loi du marché. La pénurie entraîne un effet domino : hausse du prix du charbon, pression sur les forêts, multiplication des risques sanitaires. « C’est toute une économie parallèle qui se met en place », analyse Sadou, chercheur au CRESA. « On assiste à un développement de l’économie souterraine du gaz. L’État devra subventionner les importations. Mais ce qui sera sans conséquences puisqu’elle aggravera le déficit budgétaire ».

Depuis quelques temps, des mesures été annoncées : reprise des stocks de la SCTM, déchargement de butaniers, interchangeabilité des bouteilles. Mais toutes ces mesures ne sont que des palliatifs. Elles ne s’attaquent pas aux racines du mal. « Tant que la Sonara reste à l’arrêt et que la SCTM est en faillite, nous resterons dépendants », souligne le syndicaliste Sévérin Nnang.

En attendant une refonte énergétique, les petits commerçants survivent au jour le jour, oscillant entre bois de chauffe et bouteilles hors de prix. Ils sont le baromètre d’une économie qui peine à stagner.

Tom

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