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Géopolitique mondiale : la menace d’un conflit global place l’Afrique face à ses fragilités

Le scénario déjà appréhendé par les Nations unies remet au centre des débats l’ouverture de l’économie camerounaise et sa dépendance aux importations.

Le dernier Global Risk Report des Nations unies, publié en 2026, met en exergue la préoccupation partagée à l’échelle globale sur la géopolitique et la menace d’un conflit de grande ampleur. Un bouleversement qui, s’il semble se jouer loin des frontières camerounaises, n’est pas sans conséquences pour Yaoundé et, plus largement, pour les trajectoires de développement du continent.

Le Global Risk Report se fonde sur les réponses de plus de 1 300 responsables gouvernementaux, acteurs privés, universitaires et représentants de la société civile. Il souligne que le risque de guerre à grande échelle a grimpé de seize places dans le classement de l’imminence perçue (la plus forte progression de toute l’enquête). Trente-six pour cent des sondés estiment qu’un tel conflit pourrait éclater dans l’année, et 76 % dans les sept prochaines années. Or, les tensions géopolitiques et les conflits armés ont toujours eu des effets de contagion économique bien au-delà des zones de combat. Hausse des cours de l’énergie et des matières premières, perturbation des chaînes d’approvisionnement, renchérissement du coût du financement extérieur pour les pays émergents, en constituent le lot. « Pour le Cameroun, économie ouverte et dépendante des importations de biens intermédiaires, une nouvelle onde de choc géopolitique mondiale se traduirait mécaniquement par une pression accrue sur la balance commerciale, une inflation importée et un resserrement des conditions de financement. Un scénario déjà éprouvé lors de la guerre en Ukraine », souligne Rolland Kanaga, économiste.

Multilatéralisme affaibli, vulnérabilité accrue

Le rapport insiste sur un paradoxe préoccupant. Plus les risques politiques et technologiques montent en importance, moins les institutions multilatérales sont jugées capables d’y répondre. Quatre-vingt-six pour cent des répondants estiment que le financement de la réduction des risques est inadapté à l’échelle mondiale. Pour des pays comme le Cameroun, qui s’appuient largement sur la coopération multilatérale (financements du FMI, de la Banque mondiale, mécanismes climatiques onusiens) cet affaiblissement de la capacité d’action collective est un signal d’alerte direct. Moins de ressources disponibles pour la prévention des crises signifie à terme un filet de sécurité réduit pour les économies les plus exposées aux chocs exogènes.

Le risque financier mondial

Le rapport se veut insistant. Le risque de crise financière mondiale progresse fortement dans les priorités des répondants, tout comme la fragmentation économique. Pour le Cameroun, membre de la zone CEMAC, une instabilité financière internationale se répercuterait sur la stabilité du franc CFA; sur l’accès aux marchés de capitaux et sur le service de la dette extérieure

Une leçon pour les diplomaties africaines

Le document onusien conclut sur un message qui résonne particulièrement pour les chancelleries africaines. Face à un paysage de risques de plus en plus interconnectés, l’action conjointe entre États reste perçue, de très loin, comme le moyen le plus efficace de prévention. La référence sonne entre les lignes comme un plaidoyer implicite pour un renforcement des mécanismes régionaux (Union africaine, CEEAC, CEMAC) capables de mutualiser la réponse aux chocs extérieurs plutôt que de subir isolément les soubresauts d’un ordre mondial reconfiguré.

« L’enjeu pour Yaoundé n’est pas seulement de suivre les arbitrages de Washington, Pékin ou Bruxelles, mais de consolider ses propres instruments de résilience économique. Diversification des partenaires commerciaux, renforcement des filets sociaux, discipline budgétaire avant que les tensions mondiales décrites par ce rapport ne deviennent, comme le redoutent ses auteurs, les crises de demain », conclut l’économiste.

Louise Nsana

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