Grèves des enseignants du supérieur: une rentrée universitaire en embuscade
Présenté comme un geste d’apaisement présidentiel, le versement partiel de l’allocation spéciale pour la modernisation de la recherche masque une dette de près de 10 milliards de FCFA encore impayée et un dialogue social au point mort avec le Synes, dont le mot d’ordre de grève illimitée tient toujours, à quelques jours de la rentrée universitaire.

Depuis le 21 septembre, les enseignants-chercheurs des universités d’État sont invités à se rendre au 10ᵉ étage du ministère de l’Enseignement supérieur pour percevoir le deuxième trimestre 2026 de leur allocation spéciale. L’annonce, relayée par communiqué officiel est présentée comme une avancée majeure.
Sur les 16,959 milliards de FCFA dus au titre de la dette académique envers huit universités d’État dont celles créées avant le 5 janvier 2022, seuls 7,294 milliards ont été réglés depuis le 31 décembre 2025. Il reste donc 9,696 milliards en attente, suspendus aux « disponibilités de trésorerie de l’État », selon le ministre Jacques Fame Ndongo. Autrement dit : aucune échéance ferme n’est garantie.
Le texte ministériel affirme que les activités se déroulent « sereinement » dans les institutions universitaires publiques et privées, et que les préinscriptions se poursuivent normalement avant la rentrée fixée au 5 octobre. Mais cette sérénité affichée contraste avec la réalité : le Synes maintient depuis le 3 septembre un mot d’ordre de grève illimitée.
Le syndicat réclame trois points précis : une audience présidentielle, sollicitée depuis plus d’un an ; le paiement intégral de l’allocation spéciale pour tous les enseignants sans exclusive ; et l’apurement total de la dette académique. La réunion du bureau exécutif national du Synes, tenue le 20 septembre, n’a levé aucun mot d’ordre, malgré une reconnaissance polie des « efforts » gouvernementaux.
Entre l’administration qui insiste sur le retour à la normale et le syndicat qui documente un blocage persistant, une voix isolée est mise en avant : celle d’une enseignante de l’Université de Douala appelant ses collègues à éviter des « revendications excessives ». Une technique classique de fragmentation du rapport de force social, où une dissidence interne est érigée en contrepoids à la ligne syndicale.
Le choix de lancer les virements le 18 septembre, soit deux semaines avant la rentrée, illustre une logique de gestion par à-coups. Il ne s’agit pas d’un apurement planifié, mais d’une réponse conjoncturelle à l’urgence calendaire : ouvrir les campus sans que la crise sociale n’éclate au grand jour. Cette stratégie repose sur des paiements fractionnés et différés. Le geste présidentiel se substitue au droit statutaire et la trésorerie de l’État fixe le tempo du dialogue social.
Un silence persistant entoure les universités créées après le 5 janvier 2022, exclues du décompte des 16,959 milliards. Dans un pays où la création tardive d’établissements universitaires accompagne souvent l’extension de l’offre publique vers les régions périphériques, cette omission interroge. Elle révèle une fracture entre institutions anciennes, partiellement prises en compte, et nouvelles universités laissées dans l’incertitude. Le versement du 21 septembre répond, au mieux, partiellement à une seule des revendications du Synes. Le syndicat, lui, n’a rien lâché. La rentrée s’annonce donc moins sereine.
Tom



