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Interdiction de whiskies en sachet : 12 ans de statu quo au Cameroun, les jeunes s’enivrent

Depuis 2014, le pays fait figure de mauvais élève et de passoire régionale de circulation des spiritueux au prix de 100 FCFA, ce qui n’est pas sans conséquence sur la santé des enfants, jeunes, et adultes.

La vente des whiskies en sachet se poursuit en toute impunité au Cameroun. Dans les artères de la ville de Yaoundé, Douala, Bafoussam, l’on retrouve plusieurs variétés. Malgré les mesures d’interdiction par les autorités depuis 12 ans aujourd’hui les lignes ne bougent pas. Le ministre des Mines, de l’Industrie et du développement Technologique Pr Fuh Calistus Gentry a fixé une nouvelle échéance au 18 décembre 2026 pour la mise en conformité des industriels. Une décision très mal reçue par la Fondation camerounaise des consommateurs (FOCACO). Selon Alphonse Abena Ayissi, président du FOCACO, parler du 18 décembre 2026 comme d’un horizon acceptable est une insulte à la mémoire des victimes. Pour la FOCACO, sa position est claire : « la production et la commercialisation de ces whiskies en sachets doivent cesser immédiatement et sans aucun delà », lâche-t-il. Car à la vérité la vérité ces liqueurs frelatés déciment les populations. « Chaque jour qui passe sous le régime de ce troisième moratoire est un jour de trop où l’on enterre nos frères, nos sœurs, nos enfants. Nous ne voulons plus entendre parler de calendrier de restructuration industrielle alors que des vies humaines sont en jeu », fulmine Alphonse Abena Ayissi. La sortie du Pr Fru Calistus Gentry illustre à suffire que « l’Etat a choisi de sacrifier la santé de ses citoyens les plus pauvres sur l’autel des intérêts capitalistes et des recettes fiscales de quelques multinationales et industriels locaux », s’indigne le président de la FOCACO. Il poursuit : « sur le plan juridique, c’est une arnaque institutionnelle qui dure depuis 2014. Cette année-là un arrêté conjoint MINMIDT/MINCOMMERCE/ MINSANTE rendait d’application obligatoire la norme NC 210 :2014-48/NC213 sur les spiritueux interdisant formellement le conditionnement dans du plastique. Douze ans plus tard nous subissons le troisième moratoire signé en 2022 ». « Plus grave depuis 2014, aucun certificat de conformité n’a été délivré par l’ANOR (Agence des Normes et de la Qualité pour l’alcool fort conditionné dans les sachets. Ces produits circulent dans la totale illégalité et sont officiellement impropres à la consommation ».

Laxisme
Le laxisme de l’Etat du Cameroun se répercute dans la sous-région de la Communauté Economique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). La tendance en zone Cemac démontre à quel point le Cameroun fait figure de mauvais élève et de passoire régionale. Plusieurs pays de la sous-région durcissent leurs règlementations et appliquent des véritables mesures de restriction pour protéger leur capital humain, le pays continue de servir de hub de production, de tolérance et de contrebande pour ces poisons à bas cout. « Nous exportons notre laxisme normatif au détriment de la santé communautaire de la sous-région. La République centrafricaine (RCA) saisit et brule chaque fois les alcools en sachets en provenance du Cameroun », fait savoir le président de la FOCACO. Pour sonner le glas à la circulation de ce spiritueux, Alphonse Ayissi Abena estime que la phase de la sensibilisation a montré ses limites face à la dépendance chimique. Il faut passer à la phase de la répression et de riposte structurelle. La FOCACO exige quelques actions immédiates à savoir : la fin de la tolérance administrative sur la vente. Un sachet vendu à 100fcfa est accessible au premier écolier venu. La législation camerounaise dispose que tout spiritueux (alcool fort) ne peut être vendue que par un tenancier de débits de boisson détenteur d’une licence de 3è catégorie délivrée par le préfet territorialement compétent. La vente à la sauvette, ambulante, ou sur les étals de fortune dans la rue doit être interdite et réprimée de force par les municipalités et les forces de l’ordre.

Olivier Mbessité

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