Journée des enseignants : les préparatifs enlisés par la précarité des seigneurs de la craie
Pas de parade au Boulevard du 20 Mai, l’étoffe rare et chère, le corps enseignant conscient des réalités liées à la profession opte pour la modestie.

Le 5 octobre prochain, le Cameroun de concert avec la communauté internationale célèbre la journée mondiale des enseignants. L’occasion de rendre hommage et faire honneur aux bâtisseurs de la société. Si sous d’autres cieux, l’enseignant est traité avec respect, au Cameroun c’est l’inverse. Les préparatifs liés à la journée sont timides. Ce n’est pas l’euphorie. Dans les établissements scolaires du primaire et du secondaire du privé, les responsables ont prévu quelques activités allant du sport, des tables rondes et enfin un petit cocktail. « Nous n’avons pas prévu grand-chose, nous avons prévu une marche sportive, puis le cocktail dans l’après-midi », confie Any Ele Sindou Queenta, Principal du Collège Bilingue Kamza. C’est le même son de cloche, pour le directeur Alex Noumbissi, du GSB Gumefo. « Nous avons prévu pour la circonstance une table ronde pour renforcer la pédagogie, la discipline, plusieurs panels sont prévus, après cette étape, on ira prendre un petit pot entre collègues ». Au Collège Diderot, la journée penche sur les conditions de travail des acteurs. « En effet nous menons des réflexions, des petits séminaires de formation pour le personnel sur l’utilisation du logiciel qui traite les bulletins, il y a le match de gala, et un petit cocktail offert en fin de journée », renchérit Bekono, Surveillant général Collège Diderot (Yaoundé III).
Tissu de luxe
Les Seigneurs de la craie célèbrent leur journée sans pagne. A la vérité l’étoffe est chère et rare sur le marché. Ce qui entraine la spéculation voire de la surenchère chez les vendeurs. Elle coute 10000 FCFA les six yards, à ceci, il faut tenir compte de la couture. « Le tissu est un luxe pour les enseignants du privé, lorsqu’on observe les salaires de misère qu’ils touchent le mois. Demander à un enseignant de débourser 10000 FCFA pour un morceau de tissu c’est extrême. Beaucoup d’enseignants ne s’acquittent pas de ce tissu. Il ne sert à rien de faire la politique de l’autruche, la réalité est là. Vous n’allez pas demander à un vacataire qui est payé l’heure de cours de débourser 15000 FCFA de son salaire dérisoire pour un morceau de tissu, oui on est enseignant. Mais ce n’est pas l’habit qui fait le moine », fulmine Bekono, Surveillant général Collège Diderot.
Nostalgie
Selon le Surveillant général, chaque année, l’on célèbre la journée des enseignants. En revanche, les revendications ne sont pas prises en compte. C’est ce qui justifie le mouvement « On a trop souffert (OTS) ». « Les enseignants sont clochardisés. Pire encore ceux des collèges privés parce que l’État a abandonné les établissements privés. Il s’est tissé des relations incestueuses entre l’État et les promoteurs des établissements privés », lâche-t-il. Ils sont nombreux les enseignants qui après les cours en journée, sont des benskineurs. « Les seigneurs de la craie font dans le transport. Ils transportent les passagers en soirée sur leurs motos de fonction moyennant quelques pièces d’argent pour nourrir leurs familles et de joindre les deux bouts », regrette notre interlocuteur. Au regard de ce tableau sombre, les revendications des enseignants ne vont jamais s’arrêter. « Pour qu’il ait une accalmie, il faut le statut de l’enseignant des années 90. Les enseignants étaient véhiculés, aujourd’hui la moto est devenue le véhicule des enseignants. 70% des enseignants pataugent, or c’était un acquis dans les années antérieures. La journée du 5 octobre devrait être l’occasion de réflexion pour améliorer les conditions de travail des enseignants », conclut Bekono, Surveillant général Collège Diderot.
Olivier Mbessité



