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Le patriarche Clément Atangana : de vie à trépas

Ce dignitaire Ekang a marqué sa communauté par son engagement à la préservation de l’unité des Ekang, de leur culture et tradition.

Clément Atangana, de regrettée mémoire

Le patriarche Clément Atangana, doyen des Etoudi dans son village, Zomlo’o dans le collège des gardiens de la tradition Ekang s’en est allé ce 4 octobre 2026. Ce décès survenu à l’âge de 85 ans ferme ainsi la page d’une vie consacrée au rayonnement du peuple Ekang. Principalement, du renforcement des liens fraternels, de la reconstitution globale du patrimoine culturel du peuple de la forêt. « Il est respecté. Il est ce que nous appelons chez nous le « Kasô », c’est-à-dire personne en l’absence de qui rien ne commence. Il est également « assouzoa » chez lui. C’est-à-dire la face de l’éléphant. Celui qui est devant la scène. En toute circonstance. Je le connais depuis huit, dès mon élévation au rang de Zomlo’o, parce qu’il a eu le courage de créer la fédération des associations des zomlo’o du Cameroun. Et à l’unanimité, il a été porté à la tête de cette fédération comme président et je suis membre du bureau de cette Fédération comme chargé des rites et des coutumes », exalte le Zomlo’o Meyong Mesë Ndae Yom, Essama Minkoulou.

Grand conciliateur, le patriarche Clément Atangana était. De ce genre, qui prône toujours le consensus et les règlements amiables. Des qualités qui ont très souvent servi l’opportunité communautaire. L’illustre disparu porte en son âme l’empreinte de plusieurs engagements en faveur de la préservation de la tradition Ekang. Il en était fervent promoteur et œuvrait à la résurrection des us et des coutumes disparues. Ainsi qu’à la préservation et la valorisation de celles existant encore, ainsi que des éléments culturels associés à ce peuple

Le pèlerinage Medang Meyom
Le pèlerinage Medang Meyom Sur les rives de la Sanaga en février 2026 a matérialisé son engagement à l’observation des traditions. Mais aussi son adhésion à l’idée de la reconquête de la gloire passée du peuple Ekang. Ledit évènement visait la purification du peuple au travers d’une libération des ressortissants tombés sur les berges de la Sanaga lors de la traversée miraculeuse de ce fleuve au 17e siècle. Le patriarche Clément Atangana y a joué un rôle actif, se déployant jusque sur les rives de la Sanaga. « Lorsque nous l’approchions, il y a de cela un an pour lui apporter l’idée d’un pèlerinage sur le yom, appelé Medang Meyom. Alors que beaucoup de gens hésitaient. Il a pris le courage de nous rassembler et de donner les orientations d’un père pour ce pèlerinage tenu du 8 au 10 février 2026. Zomlo’o Meyom Clément Atangana nous a accompagné sur le plan financier, organisationnel, stratégique et beaucoup sur le plan des conseils. Il a porté sur lui cet évènement en adressant des correspondances pour nous soutenir. Notamment des conseils d’unité du peuple Ekang en général. C’est lui qui invoquait en premier lieu les ancêtres et ils l’écoutaient. C’est lui qui appelait les vivants également. Il était un rassembleur infatigable du peuple Ekang et le leitmotiv de la communauté Beti du Centre. Mais aussi avec les autres communautés qui ne sont pas Ekang. Clément Atangana aujourd’hui parti, le peuple Beti a beaucoup perdu», raconte le Zomlo’o Essama Minkoulou.

La mort de ce patriarche créé de la consternation. Notamment au sein du collège des détenteurs du savoir ancestral avec qui il a accompli quelques obligations rituelles dans ses derniers jours. « Il y a deux semaines de cela, nous sommes allés après Ebolowa (région du Sud) pour ériger un autre Ekang aux charges de Zomlo’o. C’est lui qui était le maitre de cérémonie. Nous avons travaillé après avoir quitté Yaoundé à 8h, nous sommes arrivés au lieu des cérémonies aux environs de 14h puis, après coup, nous avons foulé Yaoundé aux environs de 20H. Ce jour-là, on ne voyait pas venir sa disparition mais en tant que Zomlo’o, il flottait sur nous quelque chose que nous n’arrivions pas à analyser correctement. Nous ne nous attendions cependant pas à cette situation » Le décujus avait alors présidé à une session de réflexion sur l’organisation du prochain pèlerinage Medang Meyom. Lequel est prévu du 5 au 7 février 2027 à Yaoundé et Batchenga.

Les zomlo’o en action
La mort du patriarche Clément Atangana survient dans des circonstances particulières. A Paris loin de son village natal, les conditions médicales obligeant. Ce qui constitue en soi une exception à la tradition. « Un Zomlo’o ne doit pas mourir ailleurs. Il doit mourir chez lui sur un lit en bambou ». Toutes choses utiles pour un enterrement immédiat et secret du disparu. Non obstat cela, le collège des guides spirituels est déjà pieds d’œuvre pour la conduite de ces obsèques. Ce qui devrait prendre en compte son statut de dignitaire Ekang et son statut au sein du gouvernement de la République du Cameroun. Des rites ont d’ores et déjà lieu en ce sens, apprend-on.

Louise Nsana

Clément Atangana

À l’âge où j’ai commencé à travailler, j’étais à Bafia. J’avais déjà deux enfants. Le deuxième est tombé gravement malade à Bafia. Il n’y avait pas encore de pont sur la Sanaga. L’infirmier m’avait dit d’emmener rapidement l’enfant à Yaoundé : « Si tu ne l’amènes pas vite, tu vas le perdre. » Alors sa mère et moi sommes partis. Je me demandais:
« Comment allons-nous faire pour courir ? Cet enfant ne va-t-il pas mourir ici, entre nos mains ? » C’est alors qu’une voix m’a dit : « On dit souvent que nous avons traversé la Sanaga. »
Nous sommes arrivés au bord du fleuve et avons demandé qu’on aille appeler l’homme qui faisait traverser. En attendant, je me disais : « Cet enfant va mourir ici, entre nos mains. Est-ce que je vais traverser avec cet enfant mort ? » A peine avions-nous traversé la Sanaga que l’enfant a ouvert les yeux. Arrivés à l’hôpital central de Yaoundé, nous avons trouvé le médecin en réunion. À peine nous avait-il regardés qu’il s’est écrié que cet enfant allait très mal. Il a interrompu la réunion pour s’occuper de mon enfant. Entouré d’une équipe de médecins, ils l’ont pris en charge. Alors je me suis dit que le mythe de la traversée du fleuve Sanaga est bien réel. C’est de là que m’est venu le secours. Ces choses sont vraies, mes frères.

Clément Atangana, le 9 février 2026 à la clôture du pèlerinage

Medang Meyom

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