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Les talents au service de l’Église

Mgr Ignace Bessi, archevêque d’Abidjan, s’est entretenu le 15 septembre 2026 avec la journaliste Anne Van Merris de « Zenit ». Parmi les choses intéressantes que j’ai trouvées dans cette interview, il y a la phrase suivante : « Quand il y a des talents dans l’Église, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas en profiter. Et ce qu’un laïc peut faire, il n’y a pas de raison qu’il ne le fasse pas.»

Je dis bravo à Mgr Bessi pour cette affirmation qui paraît simple, mais qui touche à une question fondamentale de la vie de l’Église. Il est en effet temps de sortir définitivement de cette conception selon laquelle les clercs devraient tout faire, décider de tout et intervenir dans tous les domaines, comme s’ils possédaient une sorte de science infuse ou comme si l’Esprit Saint avait établi une répartition des dons réservant l’intelligence, la compétence et la capacité de décision aux seuls ministres ordonnés. Saint Paul est pourtant très clair : « Il y a diversité de dons, mais c’est le même Esprit » (1 Co 12, 4). Les dons ne sont donc pas la propriété d’un état de vie particulier. L’Esprit distribue ses dons comme il veut. Il peut donner à un prêtre les qualités d’un bon pasteur, à un religieux celles d’un éducateur, à une religieuse celles d’une excellente administratrice, mais aussi à un laïc des compétences exceptionnelles en économie, en droit, en communication, en gestion, en sciences, en politique ou dans tout autre domaine utile à la mission de l’Église. Il faut donc avoir le courage de reconnaître les compétences là où elles se trouvent et de les mettre au service du bien commun ecclésial.

Mgr Bessi semble avoir compris cette exigence. Il a déjà confié l’économat de l’archidiocèse d’Abidjan à une laïque, Mme Marie-Laure Abotcha-Boni. Ce choix n’est pas anodin. Il traduit concrètement l’idée selon laquelle la responsabilité dans l’Église ne doit pas être automatiquement déterminée par le statut clérical. Une personne compétente peut et doit exercer les responsabilités correspondant à ses compétences, qu’elle soit prêtre, religieux, religieuse ou laïque.

C’est précisément dans ce sens qu’il faut comprendre la coresponsabilité mise en avant par le chemin synodal de l’Église. Il ne suffit pas de produire de beaux textes, de voter des résolutions ou de prononcer des discours sur la participation de tous. Il faut maintenant passer de la théorie à la pratique, des déclarations aux décisions concrètes, des bonnes intentions aux changements réels dans les structures et les mentalités.

Et cette ouverture devrait aller encore plus loin.

Pourquoi faudrait-il se priver des compétences des anciens religieux, des anciennes religieuses et des prêtres qui ont quitté le ministère ? Pourquoi considérer qu’une personne qui a quitté la vie religieuse ou le ministère sacerdotal aurait nécessairement perdu ses compétences, son expérience, sa formation ou son amour de l’Église ? Le départ d’un état de vie ne signifie pas la disparition des talents reçus de Dieu. Il existe parmi les anciens religieux et prêtres des personnes qui ont une expérience considérable de la théologie, de la pastorale, de l’éducation, de la formation, de l’administration, de la recherche, de la communication et du dialogue avec le monde. Pourquoi faudrait-il systématiquement les tenir à distance ? Pourquoi gaspiller des compétences dont l’Église a pourtant besoin ?

L’Église ne peut pas se permettre ce gaspillage humain.

J’en ai personnellement fait l’expérience. Le 14 octobre 2025, j’avais été invité, en même temps qu’un autre laïc camerounais, le professeur Jean-Paul Messina, par l’Université catholique de Paris. Nous devions intervenir sur l’histoire des idéologies africaines et des idéologies occidentales sur l’Afrique. Nos hôtes avaient apprécié notre travail et nous leur avions exprimé notre gratitude pour leur ouverture d’esprit.

Cette expérience montre qu’une institution ecclésiale peut parfaitement faire appel à des personnes dont le parcours ne correspond pas nécessairement aux schémas traditionnels. Il suffit d’avoir un esprit ouvert, de regarder les compétences avant les étiquettes et de comprendre que la richesse d’une institution réside aussi dans la diversité des expériences de ceux qui la servent.

Le véritable problème n’est donc pas de savoir si une personne est clerc ou laïc, religieux ou ancien religieux, prêtre ou ancien prêtre. La question fondamentale devrait être : quels sont ses talents, son expérience, ses compétences et comment peuvent-ils servir la mission de l’Église ?

Il faut surtout se débarrasser d’une mentalité de possession. L’Église n’est la propriété de personne sur terre. Elle appartient au Christ. Aucun groupe, aucun clergé, aucune génération, aucune catégorie de fidèles ne peut donc prétendre en être le propriétaire exclusif.

Reconnaître les talents des autres n’affaiblit pas l’autorité des clercs. Au contraire, cela permet à chacun d’exercer pleinement le don qu’il a reçu. Une Église qui sait faire confiance aux compétences de ses membres devient nécessairement plus riche, plus dynamique et plus crédible.

La véritable synodalité commencera lorsque nous cesserons de nous demander : « Qui a le droit de faire cela ? », pour nous demander: « Qui a les compétences pour le faire et comment pouvons-nous les mettre au service de la communauté ? » Voilà le changement de mentalité auquel l’Église est appelée. Et, sur ce point précis, la déclaration de Mgr Bessi mérite d’être saluée. Les talents ne doivent pas être enfermés dans des catégories. Ils doivent être reconnus, encouragés et mis au service de tous.

Jean-Claude Djéréké

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