Lutte contre la corruption : Transparency International-Cameroon veut traquer l’invisible pour le rendre lisible
La section locale de l’ONG internationale veut changer de méthode : ne plus seulement dénoncer le fléau, mais rendre visibles ses mécanismes, ses circuits et ses dégâts.

La lutte contre la corruption change de focale. Réunie le 24 septembre dernier à son siège de Yaoundé pour son Assemblée générale et son Conseil d’administration, Transparency International-Cameroon a affiché une nouvelle ambition : aller chercher la corruption là où elle se dissimule, dans les pratiques, les mécanismes et les zones grises qui échappent souvent au regard public. Une inflexion assumée par son président, Maître Manga Bell. « La nouvelle démarche consiste à traquer la corruption en tant que phénomène invisible pour la rendre plus visible », explique-t-il. Derrière cette formule, une conviction : pour combattre efficacement un phénomène, encore faut-il pouvoir en montrer les ressorts.
Méthode
La nouvelle démarche entend ainsi dépasser la seule logique du scandale ou de la dénonciation ponctuelle. La corruption ne se présente pas toujours avec un visage, une enveloppe ou une signature compromettante. Elle peut se nicher dans une procédure contournée, une décision administrative difficile à expliquer, un conflit d’intérêts, une opacité financière ou des arrangements qui finissent par se banaliser. La rendre visible revient donc à documenter davantage ses manifestations et à mieux mettre en lumière les mécanismes qui permettent sa reproduction. Pour Transparency International-Cameroon, l’enjeu est aussi de faire de cette visibilité un outil de prévention : identifier les failles, comprendre les pratiques et donner aux citoyens les moyens de mieux les reconnaître.
Signal
Cette orientation intervient alors que la question de la gouvernance demeure un sujet sensible au Cameroun. En choisissant de placer la visibilité au cœur de son action, l’organisation entend déplacer le débat : de la corruption comme fait divers vers la corruption comme système de pratiques à observer, documenter et combattre. L’Assemblée générale et le Conseil d’administration du 24 septembre auront ainsi servi de cadre pour poser cette nouvelle ligne de travail. Reste désormais le plus difficile : transformer le principe en résultats tangibles, faire sortir les pratiques corruptives de leurs angles morts et convertir l’observation en action. Car dans cette nouvelle bataille, le premier adversaire n’est peut-être pas seulement la corruption. C’est aussi son invisibilité.
Jean -René Meva’a Amougou



