
Combiner fonds publics, capitaux privés et ressources concessionnelles tout en attirant plus d’investissements étrangers. La formule séduit, mais son déploiement dans le pays reste timide.

Le Cameroun mise sur les partenariats public-privé (PPP) pour financer ses infrastructures ; malgré des marges budgétaires étroites. Parmi eux, le financement mixte, apparaît comme une voie prometteuse mais malgré sa pertinence, il reste marginal dans le pays. Les investissements réalisés en mode PPP mixtes se sont élevés à 278 milliards de FCFA à fin mars 2026, selon la Banque africaine de développement (BAD). Soit seulement 5,7 % du volume total des PPP.
La question est remise au goût du jour alors que les besoins de financement pour accélérer la transformation structurelle du Cameroun sont considérables ; et qu’à l’opposé, les déficits de financement demeurent importants. Des têtes pensantes comme le fiscaliste et écrivain Alain Symphorien Ndzana Biloa abordent la question sur l’angle de la fiscalité. A l’occurrence dans son ouvrage « La fiscalité camerounaise au scalpel », où il analyse les obstacles à la mobilisation accrue des ressources intérieures. La BAD accorde pour sa part s’active à analyser les contours d’une mobilisation des financements extérieurs.
Des contraintes de liquidité persistantes. Dans un montage mixte, l’opérateur privé est rémunéré à la fois par l’État et par les usagers. Or le Trésor, confronté à un service de la dette élevé et à l’accumulation d’arriérés, hésite à souscrire des engagements de paiement de long terme. Ce qui pourrait expliquer le faible recours aux PPP mixtes et surtout aux PPP à paiement public.
Ce n’est pas tout. « Les flux entrants d’investissements de portefeuille extérieurs au Cameroun sont négatifs au cours des 5 dernières années. Ces flux s’élèvent à -148,0 milliards de F CFA en moyenne sur la période 2021-2025, impliquant des sorties nettes de capitaux du pays. Sur cette période, les flux entrants d’investissements de portefeuille extérieurs sont restés négatifs durant 4 années, notamment en 2021 (-100 milliards de F CFA), en 2022 (-306,8 milliards), en 2023 (-284,9 milliards) et en 2025 (-123,9 milliards), traduisant un manque de confiance persistant des investisseurs dans le pays », rapporte la BAD dans son dernier rapport sur le Cameroun.
La BAD recommande de renforcer la capacité technique des acteurs, de créer un cadre juridique dédié et de réduire le profil de risque des investisseurs privés grâce aux garanties partielles des institutions de financement du développement. Elle recommande également de soutenir la préparation des projets et leur visibilité internationale. Toutes choses qui permettraient de conjurer le sort car sans financements innovants, l’écart entre les besoins (13,9 milliards de dollars par an d’ici 2030) et les flux entrants ne pourra être comblé.
Louise Nsana



