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Pasteur Patrick Anani Etoughe : “Je suis passé de l’étudiant qui reçoit à l’enseignant qui transmet et au responsable académique”

L’ancien recteur de l’Université Adventiste Aimé Césaire Cosendai de Nanga Eboko revient sur les évènements qui ont façonné sa carrière de pedagogue au Cameroun. Loin du Gabon, son pays d’origine.

Quels défis avez-vous rencontrés en matière d’adaptation au système éducatif camerounais?
Pour répondre à cette question, je voudrais d’abord préciser que mon rapport au système éducatif camerounais est assez particulier, parce que j’en ai été moi-même un produit avant d’en devenir un enseignant. J’ai été inscrit à l’Université de Yaoundé en 1995, et j’ai achevé mon premier cycle en 2000. En 2002, j’ai commencé mon parcours de master à l’Adventist International Institute of Advanced Studies, aux Philippines. Après cette formation, je suis revenu au Cameroun en 2005, cette fois non plus comme étudiant, mais comme enseignant. J’ai poursuivi mes études doctorales, avant d’assumer progressivement différentes responsabilités académiques, notamment celles de Doyen par intérim, puis de Doyen de la Faculté de théologie. Donc, lorsque je suis revenu enseigner au Cameroun en 2005, je n’arrivais pas dans un système que je ne connaissais pas. J’y avais déjà été étudiant. Cela a beaucoup facilité mon adaptation.

Je dois même dire que, personnellement, mon adaptation a été relativement facile, parce que j’avais connu auparavant des conditions d’études qui m’avaient préparé à cette exigence. Lorsque j’étais étudiant, nous étions dans des conditions que je qualifierais presque de « camp d’études ». Nous étions bénéficiaires de bourses et notre responsabilité principale était d’étudier. Nous avions donc une vie très encadrée, avec beaucoup de temps consacré à la formation. Ce qui était particulièrement intéressant, c’est que nous étions entourés de nombreux professeurs camerounais, venant notamment de Yaoundé et de Douala, qui étaient eux-mêmes très bien formés. Ils étaient proches des étudiants et exigeants sur le plan académique. Cela nous permettait d’apprendre rapidement, dans un environnement où l’on était constamment stimulé intellectuellement.

L’expérience émotionnelle est-elle la même dans la posture d’étudiant que d’enseignant au Cameroun ?
Lorsque je suis revenu comme enseignant, j’ai découvert une autre dimension du système. J’ai compris que l’expérience de l’étudiant et celle de l’enseignant ne sont pas les mêmes. Les défis étaient nombreux. À cette époque, les infrastructures étaient encore très limitées. Je me souviens notamment qu’il y avait des endroits où les routes n’étaient même pas goudronnées. Les conditions matérielles n’étaient donc pas toujours faciles. Malgré ces difficultés, j’ai découvert un système éducatif extrêmement exigeant. Je considère d’ailleurs que le système éducatif camerounais est l’un des plus exigeants d’Afrique centrale, et certainement l’un de ceux qui ont contribué à former des générations de cadres dans la sous-région. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la qualité et la disponibilité de nombreux enseignants. J’ai rencontré des professeurs très bien outillés, mais également très proches des étudiants. Ils ne se contentaient pas de transmettre un programme: ils nous accompagnaient dans notre formation.

C’est donc cette culture de l’exigence, du travail, de la proximité avec l’étudiant et de la rigueur académique qui m’a beaucoup marqué. Finalement, lorsque je suis devenu enseignant, puis responsable académique, j’ai essayé de conserver cette même exigence tout en comprenant les nouvelles réalités auxquelles les étudiants étaient confrontés. Et avec le recul, je dirais que mon parcours m’a permis de passer progressivement de l’étudiant qui reçoit à l’enseignant qui transmet, puis au responsable académique qui contribue à construire un système de formation. C’est cette transition qui a véritablement façonné ma conception de l’éducation.

Que lest le regard que vous jettez sur la condition de l’enseignant?
Derrière le médecin, l’ingénieur, le juriste, le professeur d’université, le pasteur, le journaliste ou même le responsable politique, il y a toujours eu, à un moment donné, un enseignant. L’enseignant forme donc ceux qui vont ensuite construire et diriger la société. Mais malheureusement, dans beaucoup de pays africains, l’enseignement est devenu un métier de souffrance. Ceux qui ont la responsabilité de former la nation ne bénéficient pas toujours de la reconnaissance qui correspond à l’importance de leur mission. Je connais des pays où la profession enseignante est extrêmement valorisée, y compris sur le plan salarial et social. L’enseignant y est considéré comme un acteur stratégique du développement national. Je pense que nous devons aller dans cette direction.
La Journée internationale de l’enseignant est donc un bon début, mais elle ne doit pas être la fin. Il ne suffit pas d’avoir une date dans le calendrier, d’organiser une cérémonie, de porter des T-shirts ou de prononcer de beaux slogans. Il faut que cette reconnaissance se traduise par des actions concrètes. Valoriser l’enseignant, c’est d’abord le valoriser par une rémunération digne. C’est aussi améliorer ses conditions de travail, lui donner les moyens de se former continuellement, faciliter son accès aux ressources pédagogiques et technologiques, lui accorder la considération et les facilités nécessaires à l’exercice de sa profession. Il faut également restaurer le prestige social de cette profession. Parce qu’un enseignant qui est constamment préoccupé par ses difficultés matérielles aura beaucoup plus de mal à se consacrer pleinement à sa mission. Si nous voulons véritablement construire des nations fortes, nous devons commencer par donner à ceux qui forment les générations futures les moyens de leur mission. Un pays qui a de bons enseignants est un pays qui pense. Et un pays qui pense est un pays qui peut véritablement avancer.

Gaëlle Atangana

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