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Patrimoine de l’Unesco : le Féo Kagué Toupouri en quête de reconnaissance internationale

Le 16 septembre 2026, une délégation de dignitaires Tupuri a été reçue par Bidoung Mkpatt. Objectif : obtenir le soutien de l’État pour l’inscription de son patrimoine culturel au registre de l’humanité. L’État camerounais promet un comité et un accompagnement.

Le ministre de la culture reçoit des dignitaires Toupouri

Le peuple Tupuri, installé entre le Cameroun et le Tchad, nourrit une ambition : voir son festival millénaire, le Féo Kagué, inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco. Le 16 septembre dernier, Sa Majesté Dr Emmanuel Pohowe, président du comité d’organisation porte cette requête devant le ministre des Arts et de la Culture, Bidoung Mkpatt. L’audience est ponctuée des formules convenues : « le dossier est sur la bonne voie », « le ministre accueille favorablement », « un comité a été formé ».
Le Féo Kagué est présenté comme une fête de Nouvel an, de partage des récoltes, de réconciliation et de « transformation de l’être dans l’amour des autres ». Derrière ces mots, la réalité est plus rugueuse : zones frontalières sous-équipées, insécurité persistante dans le bassin du Lac Tchad, jeunesse en migration, mil cultivé dans un environnement de plus en plus précaire. La survie de cette célébration dépend moins des discours officiels que de la résilience quotidienne des communautés.

Marie Thierry Edjoa Akoa, directrice du patrimoine au Minac rappelle les cinq conditions posées par l’Unesco : preuve du caractère vivant, participation large de la communauté, consentement libre et éclairé, mesures de sauvegarde concrètes, inscription préalable à l’inventaire national. « Pas de dossier sans les Tupuri » insiste-t-elle. Une formule irréprochable sur le plan éthique. Mais comment organiser cette participation lorsque les populations concernées vivent de part et d’autre d’une frontière, dans des localités souvent ignorées par Yaoundé ?

L’invitation adressée au Minac pour la prochaine édition du festival, prévue le 10 octobre 2026 au pied du Mont Illi, à Doré, côté tchadien, illustre une diplomatie subtile. Le Cameroun se présente comme co-porteur d’un dossier transfrontalier. Une posture qui coûte peu et rapporte en visibilité. Mais l’« accompagnement en quatre étapes déjà engagées » reste opaque : aucun calendrier public, aucun budget annoncé, aucune indication sur le rôle exact de l’État camerounais face à son homologue tchadien.

Dans le système camerounais, la culture périphérique est volontiers célébrée tant qu’elle ne remet pas en cause la centralisation des ressources. Le Féo Kagué peut devenir un symbole de reconnaissance internationale. Il peut aussi rester un instrument de légitimation pour quelques élites traditionnelles et un élément de communication pour le Minac. Entre ces deux pôles, les populations qui dansent, chantent et cultivent le mil continueront de mesurer la distance entre la promesse Unesco et la réalité de leur quotidien.

La question de l’Unesco comme horizon de reconnaissance culturelle n’est pas nouvelle. L’inscription au patrimoine immatériel de l’humanité peut protéger une tradition, lui donner une visibilité mondiale et attirer des financements. Mais elle peut aussi servir d’alibi, un label prestigieux sans redistribution concrète. Les Massa l’ont expérimenté avec le Gurna, désormais inscrit au patrimoine mondial. Les Tupuri espèrent suivre cette voie.

L’inscription au patrimoine immatériel de l’humanité n’est jamais neutre. Elle peut protéger. Elle peut aussi masquer l’absence d’engagement. Pour les Tupuri, la question n’est plus seulement de savoir si le dossier avancera. Elle est de savoir qui, concrètement, en tirera profit, et qui continuera de porter le poids d’une culture vivante dans un territoire que l’État regarde surtout de loin.

Tom

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