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Quand certains prélats honorent les puissants et oublient les souffrances du peuple

Clément Atangana, qui, en 2018 puis en 2025, déclara irrecevables les requêtes de certains opposants alors qu’une partie de la population dénonçait une fraude électorale organisée, est décédé le 4 octobre dernier. Dire aujourd’hui que son « sort dépend désormais de la miséricorde de Dieu », ce n’est pas l’insulter mais rappeler une vérité fondamentale de la foi chrétienne: devant Dieu, chacun devra répondre de ses actes.

Certains Camerounais se réjouissent-ils de sa mort ? Je ne le crois pas. D’abord, parce que le respect des morts demeure une valeur importante dans nos sociétés africaines. Ensuite, parce que la mort est une réalité à laquelle personne n’échappera. Mais respecter un défunt ne signifie pas effacer son passé, renoncer à tout jugement sur ses actes ou interdire aux citoyens de s’interroger sur les conséquences de ses décisions.

Ceux qui souhaitent prier pour l’ancien président du Conseil constitutionnel ont parfaitement le droit de le faire. La prière pour les morts appartient à la tradition catholique. Mais peut-on exiger de tous les Camerounais qu’ils prient pour un homme dont les décisions ont, à leurs yeux, contribué à fragiliser la démocratie et à confisquer leur espérance politique ? Certainement pas. La foi ne se décrète pas, pas plus que la compassion ne peut être imposée. Chacun demeure libre devant sa conscience.

On ne saurait reprocher à Mgr Jean Mbarga, archevêque de Yaoundé, de célébrer une messe pour le repos de l’âme du défunt. C’est son ministère. Il est toutefois légitime de lui poser quelques questions: où était cette voix pastorale lorsque les Camerounais dénonçaient les irrégularités électorales ? Pourquoi cette même voix ne s’est-elle pas fait entendre avec la même vigueur lorsque des manifestants furent blessés ou tués pendant la présidentielle d’octobre 2025 ? Pourquoi la mort d’Anicet Ekanè n’a-t-elle pas suscité une indignation comparable ?

Un évêque ne peut pas se manifester uniquement lorsque les personnes auxquelles il est associé sont dans la joie ou dans la peine. Sa mission ne consiste pas à accompagner seulement les puissants dans leurs deuils, leurs célébrations et leurs épreuves. Elle l’oblige également à défendre les faibles, à dénoncer l’injustice et à faire entendre la voix de ceux que le pouvoir voudrait réduire au silence. Le Christ n’a jamais enseigné une compassion sélective.

Mgr Mbarga trouve-t-il normal que des proches de Paul Biya puissent être soignés dans des établissements hospitaliers prestigieux de Paris pendant que, dans certains hôpitaux camerounais, des produits aussi élémentaires que le paracétamol ou le coton font défaut ? Comment peut-on parler de dignité humaine sans s’indigner devant de telles inégalités ? Comment annoncer l’Évangile tout en restant indifférent aux souffrances quotidiennes de ceux qui n’ont ni relations, ni argent, ni accès aux soins ?
Un évêque qui pleure les uns tout en ignorant les autres peut-il prétendre parler au nom du Christ qui ne faisait pas de favoritisme (Actes 10, 34) ? L’Évangile ne connaît ni citoyens de première catégorie ni victimes dont la souffrance mériterait moins d’attention. Travailler principalement pour les riches, les puissants ou les membres de son groupe ethnique, au détriment des autres, revient à trahir l’universalité du message chrétien.

Ces interrogations concernent également les représentants pontificaux. Pourquoi les dérives politiques, les violences et les injustices qui frappent les populations ne semblent-elles pas toujours susciter chez certains nonces apostoliques une réaction à la hauteur des événements ? Sont-ils simplement des diplomates chargés de préserver de bonnes relations avec les gouvernants, ou sont-ils aussi les représentants d’une Église appelée à défendre la dignité humaine et la vérité ?

Le départ de Mgr Piero Pioppo du Cameroun, au lendemain de la mort tragique de Mgr Benoît Bala, demeure à cet égard une question qui mérite d’être éclaircie. Les catholiques camerounais auraient aimé connaître son témoignage sur les événements qui précédèrent ce drame, compte tenu des informations qu’il était susceptible de détenir. Une telle attente traduit simplement le besoin légitime de vérité dans une affaire qui a profondément marqué l’Église et la société camerounaises.

L’Église perd sa crédibilité lorsqu’elle est plus prompte à célébrer les morts influents qu’à défendre les vivants opprimés.
La miséricorde de Dieu est offerte à tous. Mais elle ne dispense personne de la vérité, de la justice et de la responsabilité. Si l’Église veut demeurer fidèle au Christ, elle doit apprendre à accompagner les morts sans oublier les vivants, à prier pour les puissants sans abandonner les pauvres, à dénoncer les injustices sans craindre ceux qui les commettent.


Jean-Claude Djéréké

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