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Recensement 2026 : une opération sans fin

Lancé le 24 avril, le 4e recensement général de la population devait s’achever le 29 mai. Deux prorogations plus tard, le taux de couverture plafonne autour de 72-75 %. À Yaoundé et Douala, les chiffres sont calamiteux. La société civile parle de bricolage. L’État, lui, envisage déjà une troisième prolongation.

Le 15 septembre 2026 devait marquer la fin du recensement. Cinq mois après son lancement, l’opération n’est toujours pas bouclée. Le taux de couverture national oscille entre 71,7 % et 75 %, laissant plus de 8,5 millions de Camerounais hors des tablettes. Dans les grandes villes, la situation est critique. « À Yaoundé, nous n’avons couvert que 38,5 % du Mfoundi. À Douala, le Wouri plafonne à 29 % », reconnaît Jean Tchoffo, président du comité technique. À l’inverse, certaines régions affichent des taux surprenants : 115,8 % pour l’Est, 90,3 % pour l’Adamaoua et le Nord-Ouest. « Ces écarts interrogent autant la méthodologie que la réalité du terrain », admet-il.

Le budget du recensement est passé de 13,3 milliards FCFA à 22,3 milliards après deux rallonges. Pourtant, les agents recenseurs dénoncent des primes impayées. « Nous avons travaillé pendant la phase de prolongation sans percevoir nos indemnités », témoigne Harouna, chef d’équipe rencontré à Etoug-Ebé, un quartier de Yaoundé. « Comment motiver les agents dans ces conditions ? »

Jean Tchoffo reconnaît une « dynamique de collecte insuffisante » et une « insuffisance de l’encadrement ». Mais il insiste sur ce que « nous allons corriger ces failles avec une enquête post-censitaire et un recensement hybride dans les zones difficiles ».

Philippe Nanga, président de l’ONG Un Monde Avenir, est catégorique. Pour lui, « c’est un bricolage extraordinaire. L’opération a été lancée à l’aveugle, sans communication visible. Dans six régions sur dix que j’ai parcourues, aucune banderole, aucun affichage. C’est comme si l’on organisait un référendum sans aucune communication ». Il estime que les données produites seront « pires » que celles du recensement contesté de 2005. « Le Premier ministre devrait se désengager ou tout recommencer. Sinon, nous allons bâtir des politiques publiques sur du sable ».

La cellule de communication du comité technique annonce déjà une enquête post-censitaire et un recensement « hybride » pour les zones difficiles. Une troisième prorogation est donc envisagée. Mais sur le terrain, la confiance s’effrite. « On nous promet des ajustements, mais les réalités ne changent pas », soupire Asmaou, agent recenseur à Yaoundé.

Un pays qui ne sait pas combien il compte d’habitants ne peut pas planifier sérieusement ni redistribuer équitablement. Vingt et un ans après le dernier recensement, le Cameroun risque de produire des chiffres dont personne ne pourra garantir la fiabilité. Dans la perspective des échéances électorales, la tentation de reconfigurer les circonscriptions sur la base de données bancales n’est pas une hypothèse d’école.

Tom

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