Redynamisation des juridictions traditionnelles : le passe pour une stabilisation du Bassin du Lac Tchad
Les actions y afférentes en cours à l’Extrême-Nord visent à renforcer la confiance entre les communautés et les institutions.

L’Extrême-Nord a fait de grands pas en matière de stabilisation. Mais tout reste à y faire afin de stabiliser cette région affectée par Boko Haram ; d’y rétablir des conditions de sécurité ; d’y restaurer des services essentiels et des moyens de subsistance immédiats des populations. Le programme Facilité pour la stabilisation du Bassin du Lac Tchad a lieu dans cette partie du pays depuis 2019 avec l’objectif de relever cette région en proie à une grave insécurité, à une crise climatique et environnementale. L’accent y est aussi mis sur le retour des populations déplacées dans leurs foyers d’origine. Le PNUD en remet une couche à l’occasion d’une tournée de Issa Sanogo, coordonnateur résident du Bureau de l’action humanitaire des Nations unies au Cameroun le 2 octobre 2026. Ce dernier a lancé à Mora une initiative pour la redynamisation des juridictions traditionnelle d’une restauration de l’autorité de l’Etat dans le Mayo Sava. « Mettre en place des tribunaux coutumiers va permettre également d’implique les chefs traditionnels qui connaissent les défis au plus près des populations. Pour la simple raison que si nous n’avons pas la cohésion sociale, la paix, la stabilité dans les zones en crise, les activités économiques et la réponse humanitaire auront du mal à se mettre en œuvre », souligne Issa Sanogo.
Ces instances ont vocation à faire cohabiter le droit moderne et les traditions dans un environnement social fortement ancré sur les us et coutumes locales. Les chefferies en constituent les garants. La présente déclinaison de la Facilité pour la stabilisation du Bassin du Lac Tchad vise à leur fournir un appui logistique et matériel nécessaires. Il s’agit par ailleurs de renforcer la collaboration et la cohésion avec les juridictions conventionnelles. L’objectif est de faire des tribunaux coutumiers de la zone des ponts entre les populations et le système judiciaire national. « Nous on croyait qu’on était abandonné à nous-mêmes, mais voilà qu’on pense déjà à nous. Puisque on nous demande de faire, comme on le fait au tribunal moderne au nom des us et coutumes sans piétiner le rôle pénal. Quand les coutumes ne sont pas respectées, les problèmes d’insécurité naissent. Il faut que nous, garants de la tradition, exercions très bien nos fonctions de président du tribunal coutumier pour que la paix revienne dans la société », indique Sa Majesté Seni, Lamido de Kerawa.
C’est dans ce sens que l’initiative est menée conjointement avec les institutions étatiques dans une logique de consolidation et de pérennisation des acquis. « Ces échanges avec le PNUD avaient même commencé pour nous permettre alors d’amener la justice près du peuple. Si on laisse les juridictions traditionnelles sans appui, elles ne vont pas bien fonctionner. C’est là que s’est ouverte la collaboration avec le PNUD. Toutes les décisions qui sortent des tribunaux traditionnels sont exécutées par le même procureur généal. Le PNUD est en train de voir dans quelle mesure, il peut fournir des voitures, de motos et même des motos », explique le président de la Cour d’appel de l’Extrême-Nord, Nyoh Mathias Dinga.
Louise Nsana



