Rejet du budget 2027 : haro sur les fragilités de la gouvernance financière

Le budget 2027 de la CEMAC est arrêté à la somme de 82,246 milliards de FCFA. Soit une baisse annoncé de 4,28% par rapport au precedent. Cependant la forte dépendance à une TCI recouvrée à seulement 29,55% rouvre le débat sur une rélle prise en compte de la réalité.

Le Conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC) a formellement rejeté le projet de budget 2027 de la CEMAC tel qu’il lui était présenté. Un sérieux avertissement adressé à la Commission et à son président, Baltasar Engonga Edjo’o. Le budget doit être davantage conforme à la réalité financière de la Communauté.
Le projet affichait 82,247 milliards de FCFA, contre 85,924 milliards en 2026, soit -4,28 %. Mais cette baisse tient surtout à la contraction des ressources extraordinaires, et non à une réduction des ressources ordinaires, qui progressent.
La baisse n’est donc pas la preuve d’une politique de réduction des dépenses. Elle résulte de la diminution de ressources destinées principalement au financement de projets. La TCI devait rapporter 50,304 milliards de FCFA en 2027, quasiment autant qu’en 2026. Or, au 23 septembre 2026, seuls 14,838 milliards avaient été mobilisés, soit 29,55 % de la prévision annuelle. Les besoins mensuels des institutions sont évalués à environ 3 milliards de FCFA. Comment justifier plus de 50 milliards de TCI pour 2027 quand l’exécution de 2026 montre déjà une difficulté majeure à atteindre les objectifs. C’est sur ce terrain du réalisme et de la prudence que le Conseil a refusé le projet.
Avec 50,304 milliards, la TCI représente 61,16 % du budget 2027 et environ 82 % des ressources ordinaires. Quand elle n’est pas reversée, ce sont immédiatement les salaires, le fonctionnement des institutions et les missions communautaires qui sont sous tension. Ces difficultés n’étaient pas ignorées. Le Comité inter-États avait lui-même relevé les problèmes de mobilisation de la TCI, les retards de salaires dans certaines institutions et les risques de cessation de paiement, de tensions sociales et de perte de crédibilité. Il avait pourtant donné un avis favorable au projet et l’avait transmis au Conseil.
Reconstruire le budget
Le rejet doit conduire à revoir les hypothèses de recettes en partant des performances réelles de 2026. À titre d’illustration, ramener la prévision de TCI à 47 ou 48 milliards de FCFA réduirait mécaniquement le budget de 2,3 à 3,3 milliards, soit un total autour de 79 à 80 milliards, avant toute autre modification. Il ne s’agit pas d’une prévision officielle, mais d’une mesure de l’enjeu: quel niveau de recettes la CEMAC peut-elle réellement garantir ?
La Commission peut rappeler que les tensions de trésorerie découlent des retards de reversement de certains États. L’explication ne suffit plus. En période de rareté, la gouvernance communautaire doit aussi hiérarchiser les dépenses, maîtriser les charges et concentrer les moyens sur les priorités. Deux questions se posent: les États reversent-ils suffisamment ? Et les ressources disponibles sont-elles utilisées selon les priorités qu’impose la crise?
L’obligation de vérité budgétaire
Un budget communautaire ne peut pas être seulement équilibré sur le papier. Il doit être réaliste, prudent, sincère et soutenable, et ne pas confondre recettes espérées et recettes mobilisables. Le prochain projet devra distinguer clairement les ressources de fonctionnement courant de celles affectées aux projets, et tenir compte des performances réelles de la TCI, des arriérés des États, de la progression des ressources propres et de la nature des financements extérieurs. L’enjeu n’est plus d’atteindre 82
milliards de FCFA sur le papier, mais de déterminer combien la Communauté peut réellement mobiliser, dépenser et, surtout, prioriser. C’est sur cette exigence que se jouera la crédibilité financière de la CEMAC.
Remy Biniou



