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Stations de péages et de pesage au Cameroun : par an, près de 25 milliards FCFA prennent le large

Le Fonds routier et l’INS mettent des chiffres sur les fuites qui minent le financement des routes : jusqu’à 23,9 milliards FCFA de manque à gagner annuel sur la TSPP et 862 millions sur les amendes de pesage.

Photo de famille après l’ouverture de l’atelier

Le vendredi 4 septembre, à Yaoundé, les chiffres avaient quelque chose d’une mauvaise nouvelle qui arrive avec un reçu. Le Fonds routier et l’Institut national de la statistique (INS) ont livré les résultats d’une étude sur les mécanismes de collecte et de reversement de deux ressources essentielles au financement de l’entretien routier : la Taxe spéciale sur les produits pétroliers (TSPP) et les amendes issues du pesage routier. Une radiographie peu flatteuse d’un système où l’argent destiné aux routes semble parfois prendre des chemins de traverse.

Le décor suffit à mesurer l’urgence. Le réseau routier camerounais s’étend sur environ 122 000 kilomètres, mais seulement 8,7 % sont bitumés. Le transport routier demeure pourtant le principal support des échanges de biens et de services. Entretenir cette infrastructure coûte cher : les besoins annuels sont estimés à près de 800 milliards de FCFA. En face, le Fonds routier ne dispose, dans le budget 2026, que de 60 milliards de FCFA. Le gouffre n’est donc plus un trou : c’est un paysage.
C’est précisément dans cet écart que l’étude commandée à l’INS prend tout son sens. Réalisée à partir d’une collecte de données menée en 2025, elle a cherché à suivre les circuits de l’argent, depuis son prélèvement jusqu’à son reversement effectif. Pour la TSPP, les enquêteurs ont notamment travaillé avec les administrations et entreprises intervenant dans la chaîne des produits pétroliers : ministère des Travaux publics, ministère des Finances, SCDP, SONARA et distributeurs. Pour le pesage, cinq stations représentatives ont été retenues, sur les réseaux Nord, Ouest et Sud. Au total, 5 408 fiches de comptage et 1 176 fiches récapitulatives ont été exploitées.

Premier constat : la TSPP laisse échapper une partie non négligeable de son potentiel. Sur la période 2022-2024, le rendement moyen observé sur l’essence et le gasoil du circuit formel s’est établi à 162,3 milliards de FCFA, pour un potentiel estimé à 186,2 milliards. Soit un manque à gagner annuel de 23,9 milliards, correspondant à une déperdition de 14,7 %. Et ce n’est pas tout. Les flux informels de carburants, notamment en provenance du Nigeria, ajouteraient encore quelque 17,1 milliards de FCFA de manque à gagner annuel.

La statistique devient plus piquante lorsqu’elle s’intéresse aux lubrifiants. Leur intégration dans l’assiette fiscale pourrait générer entre 19,5 et 32,9 milliards de FCFA supplémentaires par an, selon les scénarios étudiés. Autrement dit, avant même de chercher de nouveaux bailleurs ou de nouvelles taxes, il existe encore des recettes à récupérer dans les circuits actuels.
Le pesage routier raconte une histoire comparable, en plus petit format mais avec de lourdes conséquences. En 2024, les recettes effectivement observées ont atteint 2,8 milliards de FCFA, contre un potentiel estimé à 3,6 milliards. Près de 862 millions FCFA se sont ainsi évaporés, soit un taux de déperdition de 31,1 %. La liste des causes ressemble à un inventaire des failles ordinaires de la gestion publique : ponts-bascules vétustes, pannes, contournement ou délestage des surcharges avant l’entrée en station, absence de magasins pour les produits délestés, fraude, corruption et retards dans le paiement des primes.

Sur les 28 stations de pesage du pays, les écarts sont d’ailleurs considérables. La proportion de véhicules en surcharge varie de 2,9 % à 23,7 % selon les axes, tandis que le taux de véhicules non pesés oscille entre 3,1 % et 22,9 %. Une route qui se dégrade, un camion qui surcharge et une recette qui disparaît : le mauvais scénario se nourrit ainsi lui-même.
L’atelier présidé par le ministre délégué auprès du ministre des Finances, Abdoulaye Yaouba, n’a donc pas seulement servi à présenter un rapport. Il a posé les bases d’un chantier de réforme. Pour la TSPP, l’INS recommande notamment de renforcer les contrôles aux frontières, de mieux taxer les flux informels, d’automatiser les déclarations et de croiser les données douanières et fiscales. Le Fonds routier est également invité à défendre une augmentation de sa quote-part.
Pour le pesage, la feuille de route est plus terre à terre : entretenir les ponts-bascules, équiper les stations de magasins de délestage, installer des solutions solaires, renforcer la vidéosurveillance et revoir le système de primes des agents. L’objectif est de rendre le contrôle plus fiable et moins dépendant du montant des amendes encaissées.

Le paradoxe est désormais posé noir sur blanc. Le Cameroun cherche 800 milliards de FCFA pour entretenir ses routes, tandis que des dizaines de milliards peuvent encore se perdre dans les circuits de mobilisation des recettes. La question n’est donc plus seulement de savoir combien l’État peut trouver. Elle est aussi de savoir combien il peut cesser de perdre.
Le Fonds routier veut désormais passer à l’offensive sur ces fuites. Encore faudra-t-il que les recommandations du rapport ne connaissent pas le sort de tant d’études administratives : soigneusement reliées, joliment rangées et tranquillement oubliées. Sur les routes camerounaises, les nids-de-poule ont déjà suffisamment de concurrence.

Jean -René Meva’a Amougou

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