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Succession dynamique à Dogba : les oubliés de Dogba

Derrière les querelles de palais, un Cameroun pluriel retient son souffle. Le canton de Dogba, dans le Diamaré, n’est pas seulement l’enjeu d’une bataille dynastique : c’est aussi la terre de communautés kirdi dont le sort dépendra largement de la main que le nouveau chef leur tendra, ou non.

Sa Majesté Yerima Abdoulaye, chef d’orchestre à Dogba

Fondé avant 1929, le canton de Dogba a vu défiler trois générations de chefs issus de la même lignée peule, depuis Yérima Bakari, premier chef installé par le lamido de Maroua, jusqu’à l’actuel vainqueur du scrutin du 7 juillet 2026. Mais la population de Dogba ne se résume pas à cette dynastie. « Les Peuls ne représenteraient que 10 % des habitants du canton, et moins d’une dizaine de familles dans le chef-lieu du canton lui-même. La majorité est composée de montagnards islamisés dont les Guiziga du clan Guilbada et Molkou auxquels s’ajoutent d’autres populations kirdi constituant la plus grande partie de la main-d’œuvre agricole » renseigne le docteur Assako, fils de cette localité.

Le chercheur témoigne d’un rapport de force ancien et déséquilibré entre pouvoir peul et communautés non musulmanes, marqué par des appellations dévalorisantes encore en usage, « kado », « kefero », et par un accès inégal à la terre : les non-musulmans devraient, selon son témoignage, généralement louer les parcelles qu’ils cultivent, la propriété foncière restant concentrée entre les mains des familles peules et des communautés islamisées qui les ont progressivement rejointes, au point d’être aujourd’hui assimilées à elles. « Face à cette configuration, l’Église adventiste a joué un rôle comparable à celui qu’elle a tenu ailleurs dans les Monts Mandara : offrir aux populations kirdi un espace d’affirmation et de résistance culturelle face à l’influence dominante de l’islam peul », conclut le docteur Assako.

Il faut préciser que cette réalité sociologique n’est pas propre à Dogba : elle traverse une bonne partie du Diamaré et de l’Extrême-Nord, où l’histoire des rapports entre pouvoirs lamidaux et populations dites « kirdi » reste une plaie encore ouverte, faite de dominations successives dont razzias précoloniales, colonisation, État post-colonial que les intéressés eux-mêmes, à travers des concepts comme celui de « kirditude », s’efforcent aujourd’hui de documenter et de faire reconnaître.
Au-delà de la controverse électorale, la succession à la tête du canton ouvre ainsi un chantier plus vaste. Pour de nombreux habitants, la légitimité du nouveau chef ne se mesurera pas uniquement à son accession au trône, mais à sa capacité à gouverner un territoire marqué par sa diversité humaine. Dans un contexte où les autorités publiques mettent en avant la cohésion nationale et le vivre-ensemble, Dogba apparaît comme un révélateur des défis auxquels sont confrontées de nombreuses chefferies traditionnelles camerounaises : concilier héritage coutumier, équité dans la gouvernance et représentation de toutes les composantes de la communauté.

Tom.

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