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ZLECAf : La CEMAC veut rattraper son retard sur les normes phytosanitaires

Le projet d’harmonisation du cadre législatif phytosanitaire en Afrique centrale, lancé depuis 2024, peine à avancer. Sa relance à Douala ce lundi 5 octobre 2026 doit permettre aux six pays membres de remettre sur les rails un chantier déterminant pour l’accès de leurs produits agricoles au marché continental.

Les discussions de Douala portent moins sur le lancement d’un nouveau chantier que sur la reprise d’un projet qui avait déjà été engagé. Les représentants des institutions concernées se retrouvent autour d’une même table pour tenter de remettre sur les rails le projet « Harmonisation du cadre législatif phytosanitaire en Afrique centrale », financé dans le cadre du Fonds pour l’application des normes et le développement du commerce (STDF).

C’est tout l’enjeu du projet « Harmonisation du cadre législatif phytosanitaire en Afrique centrale », porté notamment par le Pôle régional de recherche appliquée au développement des systèmes agricoles d’Afrique centrale (PRASAC) et le Comité inter-Etats des pesticides d’Afrique centrale (CPAC). Lancé dans une première phase en 2024 à Douala, le projet connaît un retard important dans son exécution depuis sa première phase en 2024. La relance, organisée plus de deux ans après le lancement initial, apparaît ainsi comme une tentative de remettre en ordre de marche un chantier dont dépend en partie la capacité de la CEMAC à tirer profit de l’intégration commerciale africaine.

C’est dans ce contexte que l’harmonisation des règles phytosanitaires des six États de la CEMAC apparaît comme un maillon important. L’ambition est de réduire les différences entre les législations nationales, de renforcer les dispositifs de protection des végétaux et, à terme, de faciliter les échanges agricoles dans la sous-région.

Un projet rattrapé par les retards
Après la préparation du document de projet, le dossier a été soumis au STDF et approuvé par son Comité des experts en juin 2023. Les activités devaient ensuite se déployer sur une période de trois ans. Pourtant, plus de deux ans après le lancement des premières activités, les parties prenantes se retrouvent encore pour une relance. Le directeur général du PRASAC, Jean-Louis Mihindou Doukala, ne contourne pas la question. Il reconnaît publiquement le retard accumulé et les difficultés qui ont ralenti l’exécution du programme. « L’événement qui nous rassemble peut sembler anodin à première vue car souvenez-vous, en 2024, et dans cette même ville de Douala, nous avons lancé les activités du projet “Harmonisation du cadre législatif phytosanitaire en Afrique centrale”. Se retrouver plus de deux ans après pour un atelier de relance de ce même projet suscite bien des interrogations », souligne-t-il.

Au cœur des difficultés figure notamment l’organisation de l’Évaluation des capacités phytosanitaires (ECP). Les parties prenantes avaient décidé de confier l’ensemble des modules de cette évaluation à la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), avec l’intervention de la FAO-LEGN pour le volet juridique. Les échanges avec ces partenaires ont toutefois connu plusieurs rebondissements. Le choix a finalement été fait de donner la priorité au module juridique, tandis que les autres composantes ont été repoussées. À cette contrainte institutionnelle s’est ajoutée une autre difficulté : les ressources financières disponibles devaient couvrir les besoins de six pays.

La situation a progressivement évolué avec l’obtention, par la CIPV, d’un financement permettant de conduire l’ECP dans quatre des six pays de la CEMAC. En parallèle, un accord a pu être trouvé avec la FAO-LEGN. De quoi permettre aux responsables du projet d’envisager une nouvelle étape.

Harmoniser pour mieux commercer
Pour les participants, cette reprise intervient dans un contexte où les menaces phytosanitaires restent une préoccupation pour les agriculteurs, les consommateurs et les opérateurs économiques. Un ravageur ou une maladie végétale peut en effet affecter une production locale, mais également perturber les échanges lorsqu’un pays décide de renforcer ses contrôles ou de limiter l’entrée de certaines marchandises.

La représentante du secrétariat technique du STDF, Nydiane Razagindrahaingo, insiste sur cette dimension commerciale et alimentaire. « Ces travaux sont particulièrement importants dans un contexte où les organismes nuisibles aux végétaux continuent de représenter une menace croissante pour la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance des producteurs et les échanges commerciaux », affirme-t-elle.

L’harmonisation recherchée doit ainsi permettre de rapprocher les pratiques nationales autour de règles communes. Elle vise également à donner davantage de cohérence aux contrôles et aux procédures applicables aux produits agricoles. Pour les opérateurs de la sous-région, l’enjeu est de pouvoir accéder aux marchés avec des exigences mieux connues et davantage alignées entre les différents pays. « Une approche harmonisée à l’échelle régionale permettra non seulement de renforcer la protection phytosanitaire, mais également de faciliter les échanges de produits agricoles entre les États membres et avec les marchés internationaux », ajoute Nydiane Razagindrahaingo.

Les travaux sur l’atelier de relance prennent donc des allures de séance de rattrapage. Les participants doivent désormais revoir la planification, adapter les documents aux réalités actuelles et déterminer comment absorber le temps perdu. Pour Jean-Louis Mihindou Doukala, l’enjeu est surtout de tirer les enseignements de cette expérience. « Le plus important c’est de capitaliser nos erreurs de sorte que pour les prochains projets, on doit tirer les leçons et s’améliorer », estime le DG du PRASAC.
L’objectif affiché est désormais de remettre les différentes activités sur les rails et de rattraper le retard accumulé. Une course contre la montre pour un projet dont la réussite conditionne, au-delà de la seule réglementation phytosanitaire, la capacité de l’Afrique centrale à mieux préparer ses productions agricoles aux exigences du marché continental. « C’est donc ensemble, par nos efforts conjugués, par la qualité de nos réflexions que l’on pourra sauver ce projet », conclut Jean-Louis Mihindou Doukala, avant de rappeler un adage qui résume l’esprit de cette relance : « il vaut mieux tard que jamais ».

Diane Kenfack

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