Étudier en France : le rêve des familles camerounaises désormais à prix d’or
L’explosion des frais universitaires et des cautions imposées aux étudiants africains plonge des milliers de familles dans l’angoisse et transforme un espoir d’avenir en parcours presque inaccessible.

À Dschang, à Yaoundé, à Mfou, la nouvelle s’est propagée comme une onde de choc. L’augmentation spectaculaire des frais universitaires et des cautions exigées aux étudiants africains souhaitant poursuivre leurs études en France bouleverse les plans de nombreuses familles camerounaises. Pour beaucoup, ce projet représentait bien plus qu’un cursus académique : une promesse d’ascension sociale, parfois le seul horizon d’avenir.
Jordan, étudiant en géographie d’une vingtaine d’années, peine encore à croire ce qu’il a entendu à la radio. Arrivé à Yaoundé pour engager les démarches administratives en vue d’une inscription dans une université française, il découvre que le coût global du projet a été multiplié. « C’est comme si on nous fermait la porte au nez », confie-t-il, amer. Dans sa famille, l’annonce a semé la stupeur.
À Ewankang, dans le quatrième arrondissement de la capitale, sa mère, commerçante au marché Mokolo, dit avoir vu ses espoirs vaciller en un instant. Veuve et seule à porter la charge de six enfants, elle ne sait plus comment réunir une somme qui dépasse désormais les cinq millions de francs CFA. Dans le foyer, l’ambiance s’est assombrie. Jordan, l’aîné de la fratrie, porte sur ses épaules l’espoir de toute une famille.
Même désarroi à Mfou, où la famille Kamdem avait fait des études en France une véritable stratégie d’avenir. Le père, enseignant dans un lycée, comptait envoyer prochainement deux autres enfants dans l’Hexagone. La flambée des coûts l’oblige à revoir tous ses calculs. « L’école à l’étranger était notre bouée de sauvetage », souffle-t-il, inquiet. Pour de nombreuses classes moyennes, le départ des enfants vers les universités françaises apparaissait comme un investissement à long terme, souvent préféré à des concours locaux jugés incertains.
Chez Dame Togo, fonctionnaire, la détermination reste intacte malgré le choc. Sa fille, engagée dans les démarches auprès de Campus France, poursuit son rêve d’études en physique. Quitte à contracter un crédit, la mère refuse d’abandonner. « Ici, les perspectives sont trop limitées », estime-t-elle.
Au-delà des cas individuels, cette hausse des frais agit comme un révélateur brutal des fractures sociales. Pour de nombreuses familles camerounaises, le rêve français, longtemps perçu comme un levier de promotion sociale, semble aujourd’hui réservé à une minorité capable d’en assumer le prix.
André Gromyko Balla


