Paludisme : des morts à la pelle

En 2025, les décès notifiés dans les formations sanitaires bondissent de 9,6 %, révélant le poids écrasant du paludisme et la montée des maladies chroniques.

3 186 morts de plus en un an. Derrière cette hausse brute des chiffres, ce sont des vies qui disparaissent et un système de santé confronté à une double pression : contenir les maladies infectieuses persistantes tout en affrontant la progression des pathologies chroniques.
Selon le Bulletin épidémiologique du Cameroun 2025, les décès notifiés dans les formations sanitaires sont passés de 23 033 en 2024 à 26 219 en 2025, soit une progression de 9,6 %. Un bond qui mérite toutefois d’être analysé avec prudence.
« Une hausse des décès enregistrés dans les structures sanitaires ne signifie pas automatiquement une augmentation de la mortalité dans toute la population », explique le médecin généraliste Dr Paul Tassé. Pour lui, plusieurs facteurs peuvent entrer en jeu : une meilleure remontée des données, une fréquentation plus importante des hôpitaux ou encore l’amélioration du système de notification. « Il faut croiser ces chiffres avec ceux de l’état civil et d’autres indicateurs sanitaires pour mesurer la tendance réelle », précise-t-il.
Mais derrière les précautions statistiques, une réalité demeure : le paludisme continue de régner en première cause de décès dans les formations sanitaires camerounaises. La maladie a provoqué 15 387 décès enregistrés en 2025, loin devant les complications liées à la grossesse et à l’accouchement, ainsi que les infections respiratoires et intestinales.
Dans les quartiers urbains comme dans les zones rurales, le paludisme reste une menace quotidienne. « Quand un enfant commence à avoir de la fièvre, beaucoup de familles essaient d’abord les médicaments achetés au quartier. Parfois, on arrive à l’hôpital trop tard », témoigne Mireille, mère de famille à Yaoundé.
Même scénario dans plusieurs localités rurales où l’éloignement des centres de santé, le coût des soins et le recours tardif aux consultations aggravent les situations. « Certaines familles attendent plusieurs jours avant de venir. Entre-temps, la maladie s’aggrave », raconte un agent de santé communautaire dans la région du Centre.
Prévalence
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Cameroun reste l’un des pays africains les plus touchés par le paludisme. En 2023, le pays comptait environ 7,3 millions de cas et 11 600 décès liés à cette maladie. Malgré les progrès réalisés grâce aux moustiquaires imprégnées, aux tests rapides et aux traitements adaptés, le parasite continue de frapper durement, notamment les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.
Pour le Dr Tassé, la lutte doit désormais combiner prévention et accès rapide aux soins. « Il faut renforcer la sensibilisation, améliorer l’assainissement et permettre aux patients de consulter dès les premiers signes », estime-t-il.
À cette menace ancienne s’ajoute une nouvelle inquiétude : la montée des maladies non transmissibles. Hypertension, diabète ou insuffisance rénale prennent une place croissante dans les hôpitaux camerounais. Le pays doit donc mener deux batailles simultanées : poursuivre la lutte contre les grandes infections et préparer la réponse aux maladies chroniques.
Bobo Ousmanou


