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Épidémies et insécurité : période critique dans l’Extrême-Nord du Cameroun

La conjonction y est marquée par une double crise: sanitaire, liée à la résurgence de la rougeole et du choléra, et sécuritaire, avec la montée de la violence. Laquelle accentue les vulnérabilités dans cette partie du pays et intensifie la crise.

La crise s’enracine dans l’Extreme-nord

Deux épidémies majeures mettent le système de santé sous forte pression dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. L’épidémie de rougeole, active depuis le début de l’année, s’est considérablement étendue. Vingt-cinq districts de santé sur les trente-trois que compte la région sont désormais en situation épidémique, contre onze seulement en mars dernier. Cette propagation rapide est attribuée à la faiblesse persistante des couvertures vaccinales, selon le rapport de situation du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) sur la période de mars à juin 2026. Les districts accueillant des populations déplacées, notamment dans le Logone-et-Chari, figurent parmi les plus touchés. À cette crise s’est ajoutée, fin juin, une flambée de choléra dans le même département. Déclarée officiellement le 29 juin 2026, l’épidémie avait déjà causé, à la date du rapport, 121 cas notifiés et huit décès, majoritairement des enfants.

Les localités de Makary et Mada sont confirmées comme foyers, tandis que des investigations se poursuivent à Kolofata, Fotokol, Kousséri et Maroua 3. Les partenaires humanitaires ont de ce fait, intensifié la prise en charge des malades, renforcé les capacités du personnel soignant et repositionné des intrants médicaux dans les zones à risque. La saison des pluies en cours fait redouter une propagation plus large des maladies hydriques dans les communautés, notamment celle des déplacés internes.

La situation nutritionnelle n’est guère plus reluisante. Plus de 13 700 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère ont été pris en charge au cours du trimestre, contre 10 117 à la même période en 2025. Une hausse qui traduit l’aggravation des vulnérabilités des ménages, sous l’effet conjugué de l’insécurité et des déplacements répétés de populations. Dans ce contexte tendu, les acteurs humanitaires restent confrontés à des défis de taille : l’insuffisance des financements, la pénurie de ressources humaines qualifiées, des besoins croissants en intrants médicaux et des difficultés d’accès liées à l’insécurité.

Une violence pérenne
La situation sécuritaire s’est nettement détériorée. 406 incidents ont été recensés dans la région entre avril et juin 2026, dont 207 attribués aux groupes armés non étatiques (GANE). Le bilan humain est lourd : 72 personnes tuées, 48 blessées et, surtout, 308 enlèvements. Ce dernier chiffre a plus que doublé par rapport à la même période en 2025, où 141 cas avaient été enregistrés. Si le nombre de civils tués reste stable, la multiplication des prises d’otages traduit un changement de tactique inquiétant. Le Logone-et-Chari demeure exposé aux engins explosifs improvisés. Deux incidents ont été signalés ce trimestre, contre aucun un an plus tôt, causant un mort et perturbant l’accès humanitaire sur l’axe Kamouna–Bargaram.

Ces violences continuent d’alimenter les mouvements de populations. Plus de 8 100 personnes ont été nouvellement déplacées entre mai et juin dans les départements du Mayo-Kani, du Mayo-Tsanaga, du Mayo-Danay et du Logone-et-Chari. L’insécurité atteint désormais des zones jusque-là relativement épargnées, à l’instar du Mayo-Danay et du Mayo-Kani. Korré s’impose comme un nouveau pôle d’accueil, aux côtés de Hilé-Alifa et de Mokolo. En matière de protection, 2 945 incidents ont été documentés, principalement des atteintes au droit de propriété et à l’intégrité physique. Pillages, vols, coups et blessures, ainsi que des enlèvements, ont été signalés dans le Logone-et-Chari, le Mayo-Tsanaga et le Mayo-Sava. Près de 700 enfants, dont 88 anciennement associés à des groupes armés, ont bénéficié d’une prise en charge spécifique. Face à cette double urgence, les partenaires humanitaires appellent à une mobilisation accrue des ressources et à un renforcement de la coordination entre acteurs étatiques et non étatiques, afin de préserver les acquis sanitaires et d’endiguer la spirale de violence.

Louise Nsana

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