Audit de la SCDP : la Chambre des comptes dresse un bilan solide
Le rapport inhérent rendu public le 8 juillet 2026 évoque une gestion financière saine avec des résultats positifs. Il pointe cependant des failles de gouvernance.

La Chambre des comptes de la Cour suprême du Cameroun procédé à l’audit de gestion de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP). Le rapport de cette opération portant sur les exercices 2018 à 2024 met en exergue les bons points de la gestion de la directrice Véronique Moampea Mbio. Dans les grandes lignes, l’on retient la croissance soutenue du chiffre d’affaires sur la période sous revue. Celui-ci est passé de 16,75 à 24,4 milliards de FCFA entre 2018 et 2022. Soit une hausse de 32,5% portée par le droit de passage carburant ; qui représente à lui seul 73% des recettes. Le résultat net quant à lui a connu une évolution constante en cinq ans, franchissant 2,7 milliards de FCFA en 2022. Les auditeurs relèvent une autonomie financière confortable et un ratio de solvabilité conforme aux standards, entre 0,44 et 0,53. Tous ces chiffres combinés traduisent une réalité, «les capitaux propres sont largement supérieurs à la moitié du capital social, ce qui implique que la SCDP ne court aucun risque de faillite». Mais encore : «le FRN (Fonds de roulement net) est positif sur la période. Cela est dû au fait que les ressources stables sont suffisantes pour financer l’actif immobilisé ; par conséquent l’équilibre structurel est satisfaisant ; le BFRG (besoins en fonds de roulement) est négatif sur toute la période, l’entreprise a suffisamment de liquidités pour répondre à ses engagements à court terme ; la TN (trésorerie nette) est positive sur les cinq années. Cela signifie que la structure financière de la SCDP est équilibrée. L’entreprise dispose de suffisamment de ressources pour couvrir ses dettes à court terme. Toutefois, cette TN positive est à relativiser au regard des montants importants de la dette fiscale», lit-on dans le rapport.
Investissements stratégiques
Après des indicateurs financiers qui rassurent, la juridiction met en exergue plusieurs investissements effectués par la SCDP afin de doper ses capacités opérationnelles. La construction en 2023 d’un second pipeline reliant le port de Douala à ses installations figure au premier rang des initiatives saluées. L’on compte par ailleurs : la construction de nouveaux réservoirs en vue de l’augmentation des capacités en eau et l’installation des Groupe Motopompe Incendie (GMPI) ; l’installation dans l’ensemble des dépôts des compteurs équipés de calculateurs électroniques de dernière génération et de télé-jaugeur pour garantir la fiabilité des mouvements de produits et leur mesurage ; l’installation d’un nouveau carrousel de 24 bascules pour réduire les pertes d’exploitation ; la construction de trois bacs dont deux de 6 500 m3 chacun pour le stockage du super au dépôt de Mboppi et un de 10 000 m3 au dépôt de Nsam pour le gasoil.
Des failles de gouvernance
La Chambre des comptes relève plusieurs anomalies de gouvernance. La plus marquante concerne la présidence du Conseil d’administration : au 7 janvier 2026, son titulaire totalisait 13 ans et 5 mois à ce poste. Loin au des six années légalement arrêtés. Autre faiblesse : la charte régissant l’audit interne obsolète au moment du contrôle et sa version révisée, jamais formalisée. La SCDP ne dispose pas non plus d’une cartographie des risques finalisée, outil pourtant jugé essentiel pour anticiper les menaces pesant sur ses activités. La Chambre s’est aussi penchée sur la gestion des ressources humaines de l’entreprise, qui emploie 506 personnes. Elle relève l’absence d’une procédure systématique d’authentification des diplômes présentés par les candidats au moment du recrutement. Une lacune jugée porteuse de risques Le rapport revient par ailleurs sur un litige financier avec BGFI Bank qui traîne depuis près d’une décennie et met un blocus sur une somme de 552,264 millions FCFA majorée de 25 millions FCFA. Enfin, le désengagement progressif de la SCDP du centre emplisseur GPL de Bipaga (au profit de la SNH) fait perdre à la société une part croissante de son activité GPL. Toutes choses qui sont marquées au chapitre des recommandations.
Louise Nsana


