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Made in Cameroon : le pari industriel à l’épreuve de la Zlecaf

À l’Université de Dschang, chercheurs, universitaires et acteurs du secteur privé ont débattu du difficile équilibre entre protection de l’industrie locale et ouverture aux marchés africains.

La Zone de libre-échange continentale africaine impose au Cameroun de transformer son appareil productif pour mieux affronter la concurrence. Le choix de l’Université de Dschang pour accueillir, le 9 juillet dernier, la conférence sur la politique d’import-substitution n’est pas anodin. Dans ce temple du savoir, les chercheurs, les universitaires, l’IE237 et les organisations patronales ont posé une question centrale : comment défendre l’industrie locale sans se mettre en contradiction avec les exigences de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) ?

Pour le recteur de l’Université de Dschang, le Pr Roger Tsafack Nanfosso, l’université doit sortir des amphithéâtres pour devenir un acteur du développement économique. L’institution entend ainsi jouer son rôle de laboratoire d’idées, d’innovation technologique et de partenaire stratégique de l’appareil productif national. Une ambition qui s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement, notamment sur les questions d’industrialisation, de transformation locale et de réduction de la dépendance aux importations.

Cette orientation a été saluée par Valérie Mbono, directrice exécutive du Gecam. Pour elle, l’ouverture des réflexions aux réalités de l’entreprise traduit la volonté de faire de l’université camerounaise un incubateur d’innovations et un moteur de croissance.

Le dilemme de la préférence nationale
Placées sous le thème « Produire localement, transformer durablement : substitution aux importations et souveraineté économique du Cameroun », les assises ont mis en lumière les défis du Made in Cameroon face au nouvel environnement commercial africain.
Le panel consacré au « paradoxe de l’intégration régionale face à la préférence nationale » a interrogé la compatibilité entre le soutien aux entreprises locales dans la commande publique et les engagements pris dans le cadre de la Zlecaf.

Comment favoriser les producteurs camerounais tout en respectant les règles du commerce intra-africain ? Pour l’expert du ministère du Commerce, la réponse passe par une meilleure articulation entre les politiques nationales et les disciplines communautaires. L’objectif n’est pas d’opposer souveraineté économique et intégration régionale, mais d’exploiter les marges de flexibilité prévues par les accords, notamment les clauses de sauvegarde et certaines exceptions liées à la sécurité économique.

La compétitivité comme nouvelle protection
Pour les représentants du secteur privé, la préférence nationale ne peut pas reposer uniquement sur les textes. Elle doit être accompagnée par une transformation profonde des entreprises camerounaises.

Le représentant du Gecam a insisté sur la nécessité pour les opérateurs économiques de développer des stratégies commerciales offensives, d’améliorer la qualité des produits et de mieux répondre aux attentes des consommateurs. Innovation, maîtrise des coûts et capacité d’adaptation deviennent ainsi les véritables armes du Made in Cameroon.

Le Pr Jean Paul Mbia, conseiller technique n°1 au ministère de l’Enseignement supérieur, a également souligné l’importance de la dimension humaine de l’industrialisation. La réussite de la transformation économique dépend aussi de l’évolution des comportements et de l’adhésion des citoyens à la consommation locale.

Au terme des échanges, les participants ont rejeté l’idée d’une Zlecaf synonyme de menace pour l’industrie camerounaise. Bien au contraire, l’intégration africaine apparaît comme un défi stimulant : celui d’améliorer la qualité, de sécuriser les circuits de distribution et de faire du patriotisme économique une pratique durable.

Face au marché continental qui se construit, le Cameroun devra donc moins chercher à se protéger qu’à devenir compétitif. Le Made in Cameroon ne gagnera pas seulement par des barrières, mais par sa capacité à séduire les consommateurs africains.

Olivier Mbessité

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