Pourquoi la France est-elle de plus en plus rejetée en Afrique? :

Dans une vidéo devenue virale, un citoyen français fait une confession que bien des responsables politiques de son pays n’ont jamais eu le courage de faire : « Nous, les Français, on est en train de se faire dégager de l’Afrique et notre pays est en train de s’écrouler.

On fait les malins en disant qu’on est une grande puissance, mais une puissance bâtie sur les massacres et le pillage des ressources naturelles de l’Afrique. » Ces paroles rappellent celles de Jacques Chirac qui reconnaissait, après avoir quitté l’Élysée, qu’une partie de la richesse de la France provenait de l’argent pris à l’Afrique. Cette lucidité honore ceux qui osent regarder l’Histoire en face. En revanche, ceux qui continuent de nier les crimes, les pillages et les humiliations infligés au continent ne font que retarder la réconciliation entre la France et l’Afrique.
Pourquoi la France est-elle aujourd’hui rejetée dans une partie de ses anciennes colonies ? Parce qu’elle a trop longtemps voulu donner des leçons sans jamais accepter de faire son propre examen de conscience. Une nation qui exige des autres la démocratie, les droits de l’homme et la transparence devrait commencer par reconnaître ses propres fautes.
La France n’a jamais demandé pardon aux Camerounais pour la violence de la répression menée durant la guerre d’indépendance, qui a causé des milliers de morts. Cette page douloureuse demeure une blessure ouverte dans la mémoire de nombreux Camerounais. On ne peut construire une relation nouvelle sur des silences aussi lourds.
La même question se pose en Côte d’Ivoire. Beaucoup d’Ivoiriens attendent toujours des explications et des excuses après les événements de novembre 2004 et de mars-avril 2011, qui ont traumatisé le pays et laissé derrière eux des victimes, des familles brisées et une société divisée.
Au Congo-Brazzaville, la politique française est souvent accusée d’avoir privilégié des intérêts stratégiques plutôt que les aspirations démocratiques des peuples. Denis Sassou Nguesso renversa Pascal Lissouba en 1997 grâce au soutien financier et militaire de la France. Cette perception nourrit l’idée que Paris choisit ses alliés non en fonction des principes qu’elle proclame, mais de ses intérêts.
À ces blessures politiques s’ajoute la question du pillage économique. L’exploitation de l’uranium nigérien pendant des décennies par Areva, devenue Orano, demeure pour beaucoup le symbole d’une relation profondément déséquilibrée. Les richesses quittaient le Niger tandis que les populations continuaient à vivre dans la pauvreté. Comment convaincre les Africains qu’il s’agissait d’un partenariat équitable lorsque les bénéfices étaient aussi inégalement répartis ?
Et que dire des mensonges dénoncés par plusieurs observateurs ? Le journaliste Norbert Navarro a qualifié de « mensonge d’État » l’affirmation selon laquelle les djihadistes étaient sur le point de prendre Bamako avant l’intervention française de 2013.
La France est en outre accusée d’avoir pratiqué une politique de deux poids, deux mesures : certains coups d’État sont dénoncés avec vigueur, tandis que d’autres violations des principes démocratiques semblent susciter beaucoup plus de discrétion lorsque les intérêts français sont en jeu. Cette incohérence alimente le sentiment que les grands principes invoqués ne sont souvent que des instruments de politique étrangère.
L’époque de la Françafrique touche à sa fin. Les peuples africains veulent désormais choisir librement leurs partenaires, contrôler leurs ressources naturelles et décider eux-mêmes de leur avenir. Ils ne veulent ni charité ni leçons, mais le respect de leur souveraineté.
La France a encore une possibilité de reconstruire une relation de confiance avec l’Afrique. Mais cela suppose de rompre avec les réflexes hérités de la colonisation, de reconnaître les souffrances du passé, de demander pardon et d’accepter enfin une relation d’égal à égal. Tant que cet examen de conscience ne sera pas pleinement accompli, le rejet de la politique française en Afrique continuera de grandir. Les peuples africains ne demandent pas des discours. Ils attendent des actes, de la justice et du respect.
Jean-Claude Djéréké



