Le Cameroun compte déjà plus de 300 partis politiques. Qu’est-ce qui justifie la création d’un nouveau parti ?

À nos yeux, le problème n’est pas le nombre de partis politiques. Ce qui importe réellement, c’est leur capacité à représenter durablement les citoyens et à transformer leurs préoccupations en actions concrètes. Beaucoup de formations politiques existent sur le plan juridique, mais restent quasiment invisibles entre deux échéances électorales. Elles peinent souvent à maintenir un lien permanent avec les populations. L’UMC est née d’une démarche différente. En réalité, avant même d’être un parti politique, elle constituait déjà une dynamique citoyenne portée par des universitaires, des acteurs associatifs, des entrepreneurs, des jeunes et des femmes engagés dans le développement de leurs communautés. Autrement dit, nous ne sommes pas partis d’une ambition électorale pour créer un parti ; nous avons simplement donné une existence juridique à un mouvement qui existait déjà dans les faits. Notre ambition est donc claire : replacer le citoyen au cœur de l’action publique, promouvoir une gouvernance fondée sur la responsabilité et contribuer à réduire les inégalités sociales, économiques et territoriales qui persistent dans notre pays.
En quoi l’UMC se distingue-t-elle des partis qui occupent déjà le terrain politique dans le Grand-Nord ?
Notre différence réside d’abord dans notre vision, mais également dans notre manière de travailler. Nous avons fait le choix de placer au centre de notre projet les populations les plus vulnérables, notamment les jeunes, les femmes, les agriculteurs, les éleveurs, les artisans et les habitants des zones rurales. Ensuite, contrairement à beaucoup d’organisations construites autour d’un leader unique, nous avons privilégié une gouvernance collégiale. Les décisions ne reposent pas sur une seule personne ; elles sont prises collectivement par les instances dirigeantes du parti. Nous pensons qu’un projet politique solide doit être plus fort que les individus qui le portent. Par ailleurs, notre présence ne se limitera pas aux campagnes électorales. Nous voulons être aux côtés des populations tout au long de l’année à travers des actions de proximité, des formations à la citoyenneté, un accompagnement à l’auto-emploi et un dialogue permanent avec les communautés. Enfin, nous recrutons nos militants sur la base de leur engagement local et de leur volonté de servir, et non sur des logiques d’allégeance personnelle.
Sur quels sujets l’UMC est-elle prête à se démarquer des formations politiques historiques du septentrion ?
Nous pensons qu’il est aujourd’hui nécessaire de dépasser une pratique politique qui se résume trop souvent à des revendications de postes ou à des promesses qui restent sans lendemain. Pour notre part, nous voulons mettre l’accent sur la formation d’une élite véritablement engagée en faveur du développement équilibré de toutes les communautés, sans distinction d’origine, d’ethnie ou d’appartenance religieuse. À nos yeux, un responsable politique ne devrait pas être jugé selon sa région d’origine, mais plutôt à travers les projets qu’il porte, les résultats qu’il obtient et l’impact réel de son action sur la vie des populations. C’est pourquoi l’UMC soutiendra toute initiative susceptible d’améliorer concrètement les conditions de vie des Camerounais, quel qu’en soit l’auteur. Notre différence ne tient donc pas à une opposition systématique avec les autres partis, mais à une autre manière d’appréhender l’action politique : nous voulons passer d’une logique de représentation symbolique à une véritable culture du résultat.
Comment l’UMC entend-elle exister sans s’enfermer dans le clivage majorité-opposition qui domine la vie politique camerounaise ?
Nous ne croyons ni à l’opposition systématique, ni au soutien automatique au pouvoir en place. Pour nous, le seul critère d’appréciation doit être l’intérêt général. C’est pourquoi l’UMC entend être à la fois une force de proposition et une force de vigilance. Nous évaluerons les politiques publiques en fonction de leurs effets réels sur les populations. Si une mesure contribue au développement des communes ou améliore les conditions de vie des citoyens, nous la soutiendrons sans difficulté. À l’inverse, si une décision accentue les inégalités ou pénalise les territoires, nous exercerons pleinement notre rôle critique. Nous estimons également que de nombreuses questions, comme l’accès à l’eau, à l’éducation, à la santé, à l’agriculture ou à l’emploi, devraient être abordées avant tout comme des enjeux techniques et sociaux, et non comme des sujets de confrontation politique permanente. Notre ambition est donc de devenir ce que nous appelons le « parti du quotidien », c’est-à-dire un mouvement davantage préoccupé par la résolution des problèmes concrets des citoyens que par les querelles politiciennes.
Quelle est la ligne rouge que l’UMC ne franchira jamais, quelle que soit l’évolution du contexte politique ?
Notre première responsabilité est de préserver la paix. C’est un principe sur lequel nous ne transigerons jamais. Nous refusons catégoriquement toute instrumentalisation des tensions communautaires, ethniques ou religieuses à des fins électorales, car aucun intérêt politique ne saurait justifier que l’on mette en danger le vivre-ensemble. Nous sommes convaincus que l’unité nationale constitue le fondement de tout projet de développement. Par conséquent, l’UMC ne cautionnera jamais un discours de haine, ni une quelconque remise en cause de l’intégrité territoriale du Cameroun. Nous assumons une opposition responsable, attachée au respect des lois et des institutions de la République. À l’inverse, nous refusons le populisme, qui consiste à exploiter les frustrations des populations sans leur apporter de véritables solutions.
À ceux qui considéreront l’UMC comme « un parti politique de plus », que répondez-vous avec des faits plutôt qu’avec des intentions ?
Nous préférons effectivement être jugés sur des faits.
Premièrement, il y a le profil de nos membres fondateurs. Il ne s’agit pas de responsables politiques en quête d’un nouveau point de chute, mais d’universitaires, d’enseignants, d’entrepreneurs, d’étudiants, d’agriculteurs, d’éleveurs, d’artisans et d’acteurs de la société civile qui, pour la plupart, s’engagent pour la première fois en politique.
Deuxièmement, notre méthode d’implantation est différente. Plutôt que de commencer par de grands meetings, nous privilégions le travail de proximité dans les quartiers, les villages et les cantons à travers des formations à la citoyenneté, l’accompagnement de l’auto-emploi, des débats communautaires et l’écoute permanente des populations.
Enfin, nous tenons à préserver notre indépendance financière grâce aux cotisations de nos militants et à des mécanismes transparents de microfinancement. Cette autonomie constitue, à nos yeux, une garantie essentielle de notre liberté d’action.
Notre développement sera progressif. Nous demandons simplement aux Camerounais de nous juger non pas sur nos promesses, mais sur les résultats que nous produirons.
Quelles inégalités le Grand-Nord subit-il aujourd’hui et que l’UMC entend porter devant les institutions compétentes ?
Nous pensons que les inégalités territoriales doivent être documentées avec méthode plutôt que simplement dénoncées. Notre objectif est donc de produire des données fiables permettant d’alimenter le débat public et d’interpeller les pouvoirs publics sur des bases objectives. Nous nous intéresserons notamment à l’accès à l’eau potable et à l’électricité en milieu rural, à la densité des infrastructures sanitaires, au taux de scolarisation des filles, à l’accès des jeunes diplômés à l’emploi formel, aux infrastructures routières ainsi qu’aux disparités dans les investissements publics. Notre démarche vise non pas à opposer le Grand-Nord aux autres régions, mais à promouvoir une répartition plus équitable des opportunités de développement sur l’ensemble du territoire national.
Quels cantons, villes ou zones spécifiques l’UMC identifie-t-elle comme prioritaires pour ses premières actions de terrain ?
Notre déploiement sera progressif et reposera sur une cartographie des besoins élaborée à partir des remontées de nos équipes de terrain. Nous voulons que les priorités soient définies par les populations elles-mêmes et non imposées depuis le sommet. Nous commencerons par les communes et les cantons où les indicateurs sociaux révèlent les plus fortes vulnérabilités, qu’il s’agisse de l’accès à l’eau, à l’électricité, aux infrastructures sanitaires, à l’emploi des jeunes ou encore à la scolarisation des filles. Nous ne limiterons pas notre action aux grandes villes. Les zones rurales feront également partie de nos priorités. Dans un premier temps, nous privilégierons l’écoute des populations, la sensibilisation citoyenne et l’identification de projets communautaires répondant aux besoins exprimés localement.
Comment l’UMC compte-t-elle travailler avec les autorités traditionnelles sans reproduire les logiques de dépendance qu’elle critique ?
Les autorités traditionnelles occupent une place fondamentale dans notre organisation sociale. Les lamidos, les lawanes et les chefs traditionnels incarnent une légitimité historique et morale qu’il serait irresponsable d’ignorer. Cela étant, nous faisons une distinction très claire entre le respect dû à leur fonction et toute tentative d’instrumentalisation politique. Notre démarche repose sur le dialogue, le respect mutuel et l’indépendance réciproque. Nous souhaitons travailler avec elles sur des sujets d’intérêt général tels que la scolarisation des filles, la médiation sociale, l’accès au foncier ou encore le développement local, mais sans jamais les transformer en relais de mobilisation électorale. C’est ce que nous appelons un contrat de neutralité institutionnelle : reconnaître pleinement leur autorité coutumière tout en garantissant à chaque citoyen la liberté de ses choix politiques.
Beaucoup de partis camerounais naissent autour d’une personnalité avant de s’essouffler. Quels mécanismes l’UMC met-elle en place pour éviter cet écueil ?
Nous avons justement voulu éviter cet écueil dès la création du parti. Notre ambition n’est pas de bâtir une organisation dépendante d’un homme providentiel, car l’expérience montre que ce modèle s’essouffle rapidement. L’UMC repose sur une architecture institutionnelle clairement définie par ses textes fondateurs. Le Bureau exécutif national, le Secrétariat permanent national et les différentes instances statutaires disposent de compétences précises et fonctionnent de manière collégiale. Enfin, nous accordons une importance particulière à la formation de la relève, car nous voulons construire un parti qui survive à ses fondateurs.
En définitive, notre ambition est simple : mettre à la disposition des Camerounais un instrument durable de défense des intérêts collectifs, capable d’accompagner les populations sur le long terme et de contribuer, avec responsabilité, au développement de notre cher pays le Cameroun.
Bobo Ousmanou



