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Églises de réveil et écoles clandestines à Douala : le bal étrange des scellés et des renaissances clandestines

Dans la capitale économique, certains établissements scolaires et organisations religieuses ont peut-être trouvé la formule du miracle : mourir administrativement le matin et ressusciter économiquement le lendemain.

Dans les quartiers populaires de Douala, les cadenas posés par les autorités semblent parfois avoir moins de résistance que les activités qu’ils prétendent arrêter. Une enseigne disparaît, une autre apparaît. Un lieu ferme, un autre ouvre. Le décor change, mais le scénario reste le même.

À Bonabéri, dans le 4e arrondissement, le souvenir d’une ancienne école privée fermée par les autorités est encore vif. « On a vu les responsables partir avec les tables et les dossiers. Quelques semaines après, les mêmes personnes étaient ailleurs, avec un nouveau nom », raconte Clarisse, commerçante dans le secteur. Pour elle, le problème n’est pas seulement l’existence d’écoles non autorisées, mais leur capacité à revenir sans véritable obstacle. « Les parents cherchent une école près de la maison. Quand les frais sont moins chers, beaucoup ferment les yeux sur les papiers », poursuit-elle. Dans ce quartier en expansion rapide, la proximité et le coût pèsent souvent plus lourd que la conformité administrative.

À Logbaba, un habitant raconte une scène devenue presque familière : « Un matin, on voit les autorités arriver. Tout le monde parle de fermeture. Après quelques mois, on remarque une nouvelle plaque devant le même bâtiment. On finit par se demander si la fermeture n’était pas juste une pause ». Une ironie que résume un autre riverain : « Ici, les murs ont plus de mémoire que les arrêtés. Ils savent qui était là avant et qui revient après ».

« Nous répondons à un besoin »
Du côté des promoteurs, le discours est différent. Certains reconnaissent les irrégularités, mais invoquent la réalité du terrain. « Les procédures sont longues et parfois difficiles pour les petits entrepreneurs. Il faut payer les charges, trouver un local, recruter. Pendant ce temps, les parents attendent une place pour leurs enfants », explique sous anonymat un promoteur d’un établissement privé ayant déjà fait l’objet d’un contrôle administratif à New-Bell, dans le 2e arrondissement.

Un responsable religieux, également sous anonymat, assume une logique similaire. Dans une petite assemblée de quartier Bépanda, il affirme : « Nous n’avons pas commencé avec l’idée de violer la loi. Les fidèles demandaient un espace de prière. Nous avons commencé petit à petit ». Pour lui, certaines fermetures sont vécues comme une sanction brutale. « Il faut aussi accompagner les responsables religieux pour qu’ils puissent se mettre en conformité. Fermer seulement ne règle pas tout. »
L’administration face au jeu du chat et de la souris

Mais les autorités rappellent que la liberté de culte ne dispense pas du respect des règles. Même exigence pour l’éducation : accueillir des élèves ou encadrer des fidèles implique des responsabilités. Dans les services administratifs du Wouri, le constat est connu. « Nous faisons notre travail. Quand un établissement ne respecte pas les normes, nous intervenons. Mais Douala est une ville immense, en mouvement permanent », confie un responsable sous couvert d’anonymat. Le problème, selon lui, réside dans l’après-fermeture. « Une opération de contrôle peut être efficace un jour donné. Mais empêcher toute reprise clandestine nécessite une surveillance continue. »

Un autre cadre administratif reconnaît une difficulté supplémentaire : « Certains changent simplement de dénomination. Ils ne reviennent pas officiellement avec le même nom, mais les acteurs restent parfois les mêmes ». Résultat : l’administration semble engagée dans une partie d’échecs où certains joueurs déplacent constamment les pièces.

Une économie de la débrouille
Derrière ces réouvertures se cache aussi une réalité sociale. Douala attire chaque année de nouveaux habitants. Les besoins en éducation, en formation et en accompagnement religieux augmentent. L’offre officielle ne suffit pas toujours à absorber la demande.

Pour le sociologue Mandeng Ma Gwet, le phénomène doit être analysé au-delà de la seule fraude. « Les activités informelles prospèrent lorsqu’elles rencontrent une demande sociale réelle. La régulation est nécessaire, mais elle doit aussi tenir compte des réalités économiques ».

Les experts plaident pour une approche combinant contrôle, accompagnement et sanctions. Sans cela, les campagnes de fermeture risquent de rester des opérations spectaculaires sans effet durable.

À Douala, le bal continue donc : les scellés tombent, les panneaux changent, les portes se déplacent. Dans cette ville où l’informel sait se réinventer plus vite que les procédures administratives, les chiffres racontent aussi l’ampleur du défi : selon les données communiquées par les autorités ces dernières années, plus de 1 400 lieux de culte non conformes ont été ciblés au niveau national, tandis que les opérations de contrôle ont concerné des centaines d’établissements scolaires privés irréguliers dans plusieurs régions du Cameroun. Le prochain acte du feuilleton reste déjà écrit : quelque part à Douala, une nouvelle enseigne attend peut-être son inauguration.

Jean -René Meva’a Amougou

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