France-Cameroun : après le C2D, Paris ouvre le chapitre « Cameroon Forward »

Le 14 juillet dernier, l’ambassadeur de France Sylvain Riquier a officialisé la fin du Contrat de désendettement et de développement, vingt ans après sa création. À sa place : une doctrine tournée vers l’entrepreneuriat.

Sous les tentes dressées dans les jardins de la résidence de France à Yaoundé, diplomates, membres du gouvernement, élus locaux, responsables d’organisations internationales et représentants de la société civile échangent autour des célébrations de la fête nationale française. Au-delà du protocole, une annonce retient l’attention.
Devant ses invités, l’ambassadeur de France au Cameroun, Sylvain Riquier, officialise la clôture du Contrat de désendettement et de développement (C2D), principal instrument de coopération financière entre les deux pays depuis 2006. « Le C2D représente près de 1,47 milliard d’euros investis au Cameroun en vingt ans, soit pratiquement la moitié de notre coopération sur cette période », rappelle le diplomate. Santé, infrastructures urbaines, développement local, éducation, culture ou encore mobilité universitaire : le dispositif a accompagné plusieurs politiques publiques dans des villes comme Garoua, Maroua, Bertoua, Bafoussam ou Bamenda.
À Garoua, où plusieurs voiries ont été réhabilitées grâce au programme, certains habitants suivent cette évolution avec prudence. « Les routes construites dans notre quartier ont changé notre quotidien. Nous espérons que les nouveaux projets continueront à soutenir les collectivités locales », confie Abdoulaye, commerçant du marché central en transit à Yaoundé. Il estime que, « les investissements dans les infrastructures ne doivent pas s’arrêter. Beaucoup reste à faire dans les villes de l’intérieur ».
Cameroon Forward
Pour remplacer le C2D, Paris propose désormais une nouvelle approche inspirée de la stratégie « Africa Forward », déclinée localement sous l’appellation « Cameroon Forward ». Selon Sylvain Riquier, cette orientation accordera une place plus importante à l’économie, à l’entrepreneuriat et à la création d’emplois, tout en restant à l’écoute des priorités exprimées par les autorités camerounaises et la société civile. « Les échanges avec nos partenaires français se poursuivent afin de définir les modalités des futurs programmes. L’objectif demeure de répondre aux priorités nationales de développement », indique un fonctionnaire du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, rencontré à l’issue de cette soirée. Choisissant de requérir l’anonymat, il a rappelé que la coopération franco-camerounaise ne se limitait pas qu’au C2D et que des discussions étaient encore en cours.
Pour l’analyste politique Jewa Salomon, « cette évolution s’inscrit dans une transformation plus large des politiques de coopération internationale. Les partenaires privilégient désormais davantage l’investissement privé et l’accompagnement des entreprises. La question sera de savoir si cette orientation permettra de préserver les investissements sociaux réalisés ces vingt dernières années ou si elle accentuera les disparités territoriales ». Plusieurs organisations de la société civile appellent également à la vigilance. « Les collectivités territoriales décentralisées ont largement bénéficié du C2D. Il serait souhaitable que les futurs mécanismes garantissent la continuité des investissements dans les services publics de proximité », estime Lynna Samanta, responsable dans une organisation spécialisée dans le développement des entreprises locales.
Pour un partenariat plus profond
Au-delà des annonces diplomatiques, c’est donc un nouveau cycle de la relation franco-camerounaise qui s’ouvre. Pour de nombreux observateurs, le véritable enjeu réside désormais dans la traduction concrète des engagements annoncés. Si « Cameroon Forward » ambitionne de faire de l’entrepreneuriat un levier de croissance, son succès dépendra de sa capacité à concilier soutien au secteur privé, renforcement des services publics et réduction des inégalités territoriales. Après deux décennies de coopération structurée autour du C2D, les prochains mois permettront de mesurer si ce changement constitue une simple évolution de méthode ou une redéfinition plus profonde du partenariat entre Paris et Yaoundé.
Tom


