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Assainissement du secteur minier : jusqu’où l’État est-il prêt à aller ?

Deux cents sociétés fermées, des poursuites judiciaires, une promesse de « rigueur » : le gouvernement affiche sa fermeté contre l’exploitation minière illégale. La réforme en cours semble redessiner les frontières entre ceux qui ont le droit d’extraire et ceux qui n’en auront jamais les moyens.

À Yaoundé, lors du point de presse conjoint du 15 juillet 2026, le ton est ferme. Face aux journalistes, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, dénonce le « désordre », l’« anarchie » et la « spoliation des avoirs communs ». À ses côtés, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, Fuh Calistus Gentry, annonce la fermeture systématique de plus de 200 sociétés minières opérant sans titre légal, assortie de poursuites judiciaires contre leurs responsables.

Réalités du terrain
Selon le gouvernement, cette opération répond à un constat ancien : d’importantes quantités de minerais échappent aux circuits officiels, privant l’État de recettes fiscales substantielles. Les autorités mettent également en avant la progression de la production semi-mécanisée, passée de deux à quinze tonnes par an, tout en promettant un contrôle renforcé associant le ministère des Mines, la Sonamines, les Douanes et les services fiscaux.

Pour Fuh Calistus Gentry, cette réorganisation vise à « restaurer la crédibilité du secteur, garantir une meilleure traçabilité des productions et permettre aux populations de bénéficier davantage des richesses nationales ». Le gouvernement assure également vouloir faciliter l’accès des opérateurs nationaux aux titres d’exploitation.

Toilettage
Plusieurs acteurs estiment que la réussite de cette réforme dépendra précisément de cet accompagnement. « L’assainissement est nécessaire, mais il ne peut pas se limiter à des fermetures. Il faut offrir des mécanismes de formalisation, de formation et d’accès au financement pour les petits exploitants », estime Alain Bila, responsable à Bertoua, d’une organisation locale joint au téléphone.
En parallèle, les grands projets industriels poursuivent leur développement. Les gisements de fer de Mbalam, Bipindi-Grand Zambi, Kribi-Lobé, Nkout et Ngovayang, la bauxite de Minim-Martap, le marbre de Bidzar ainsi que plusieurs projets aurifères figurent parmi les priorités du gouvernement. Pour les autorités, cinq de ces projets pourraient représenter près de 30 % de la production nationale, tandis que le Cameroun ambitionne de devenir un acteur majeur des minéraux critiques en Afrique.
Au-delà de la lutte contre l’informel, plusieurs zones d’ombre demeurent. Les autorités n’ont pas encore communiqué le nombre d’emplois affectés par les fermetures ni les dispositifs prévus pour accompagner les travailleurs concernés. Les mécanismes garantissant les retombées économiques promises aux populations locales restent également à préciser. L’opération d’assainissement engagée par l’État ouvre une nouvelle étape de la gouvernance minière au Cameroun.

Tom.

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