Absence de Paul Biya : la Constitution face au silence au sommet de l’État
Depuis le 7 juin, le président de la République a disparu de l’espace public. Aucune image, aucune parole, aucune localisation confirmée. Face à ce vide, un constat s’impose : la loi fondamentale camerounaise n’a quasiment rien prévu pour encadrer l’absence prolongée d’un chef de l’État.

À Yaoundé, dans les couloirs des institutions publiques comme dans les cafés du quartier Bastos, le sujet revient dans les conversations. Les passants commentent les informations diffusées sur les réseaux sociaux, confrontées au silence des canaux officiels. Depuis le 7 juin, date à laquelle la Présidence a annoncé le départ de Paul Biya pour un « court séjour privé » en Europe, le chef de l’État n’a plus effectué d’apparition publique connue, alimentant les spéculations au sein de l’opinion. « Ce qui nous préoccupe, ce n’est pas le voyage en lui-même, mais le manque d’informations officielles », confie Emmanuel Nsoga., fonctionnaire rencontré au centre-ville de Yaoundé. À quelques mètres, Mireille, commerçante, estime que « dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et économiques, les citoyens ont besoin d’être rassurés sur le fonctionnement normal des institutions ».
Démenti
Face aux rumeurs relayées sur les réseaux sociaux, le gouvernement a choisi de démentir les informations faisant état d’une hospitalisation du président, sans toutefois communiquer sur la durée de son séjour ni sur son lieu de résidence. Cette communication n’a pas suffi à mettre un terme aux interrogations, alors que plusieurs actes administratifs continuent d’être publiés au nom du chef de l’État.
Analyse
Sur le plan juridique, la situation met en lumière une particularité de l’architecture institutionnelle camerounaise. La Constitution prévoit les modalités de vacance de la présidence en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté, mais elle reste beaucoup plus discrète sur l’encadrement d’une absence prolongée du président à l’étranger lorsqu’aucune incapacité n’est officiellement déclarée. « Le texte constitutionnel garantit la continuité de l’État, mais il laisse une large place à la pratique institutionnelle concernant les déplacements privés du chef de l’État. C’est précisément cette zone grise qui nourrit aujourd’hui le débat public », analyse Léon Kuitche, étudiant en master de droit constitutionnel à l’Université de Yaoundé II.
Du côté des autorités, la ligne reste constante. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a rejeté les informations qu’il qualifie de spéculatives et réaffirmé que les institutions fonctionnent normalement. Pour l’exécutif, aucune disposition constitutionnelle n’impose une communication détaillée sur les déplacements privés du président tant que celui-ci demeure en mesure d’exercer ses prérogatives.
Tom.


