Veuves au Cameroun : l’heure du diagnostic
À Yaoundé, le 22 juillet dernier, le gouvernement a soumis à validation le rapport actualisé sur la situation des femmes ayant perdu leurs conjoints.. Une photographie sans fard d’une population encore confrontée à la pauvreté, aux discriminations et aux violences, malgré un arsenal juridique censé la protéger.

Le rendez-vous n’avait rien d’une simple formalité administrative. En ouvrant, ce mercredi 22 juillet à Yaoundé, l’atelier de présentation et de validation du rapport de l’étude actualisée sur la situation des veuves au Cameroun, le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) a remis sur la table un sujet longtemps relégué aux marges du débat public : le sort de milliers de femmes dont le veuvage rime encore trop souvent avec exclusion sociale.
Pour le Pr Marie-Thérèse Abena Ondoa, ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, cette étude répond à une exigence de vérité. Elle doit fournir des données actualisées permettant d’orienter les politiques publiques et de mieux protéger les veuves, confrontées à des réalités économiques, sociales et culturelles qui continuent de fragiliser leur existence.
Le rapport dresse un constat préoccupant. Derrière les chiffres apparaissent des trajectoires de vie bouleversées par la perte du conjoint, mais aussi par la perte des droits. De nombreuses veuves demeurent exposées à la spoliation des biens, aux conflits successoraux, aux rites de veuvage dégradants, aux accusations de sorcellerie et à une précarité économique persistante. En milieu rural, où réside une grande partie d’entre elles, l’accès à la terre, au crédit, à l’emploi ou à la protection sociale reste particulièrement difficile. « Les veuves ont toutes un dénominateur commun : la perte d’un compagnon de vie. Mais les épreuves qui suivent le décès demeurent profondément inégalitaires », rappelle régulièrement le Pr Marie-Thérèse Abena Ondoa, qui milite pour une meilleure protection juridique et sociale de cette catégorie de personnes.
Avis
Pour Côme Parfait Zoa Mbida, directeur de la Promotion et de la Protection de la Famille au MINPROFF, le défi consiste désormais à transformer les résultats de cette étude en mesures concrètes. Les textes protégeant les droits successoraux existent, mais leur mise en œuvre demeure inégale selon les régions et les contextes socioculturels.
Le président de la Commission des droits de l’homme du Cameroun, James Mouangue Kobila, estime pour sa part que les pratiques consistant à déposséder une veuve de ses biens ou à lui imposer des traitements dégradants constituent des atteintes aux droits fondamentaux qui ne sauraient être justifiées par la coutume.
Les chercheurs spécialisés dans les questions de genre abondent dans le même sens. Pour eux, la vulnérabilité des veuves ne relève pas seulement d’un problème social ; elle constitue un enjeu de développement. Une femme privée de ses biens, de ses revenus ou de son autonomie entraîne souvent dans la précarité toute une cellule familiale, notamment les enfants.
Vision
L’atelier de Yaoundé marque ainsi une étape importante. Au-delà de la validation technique du rapport, il ouvre la voie à l’élaboration de réponses publiques mieux ciblées : renforcement de la protection juridique, autonomisation économique, sensibilisation des communautés et lutte contre les pratiques discriminatoires.
Car le véritable test commence après la cérémonie officielle. La qualité du diagnostic ne sera jugée qu’à l’aune des réformes qu’il inspirera. Pour les milliers de veuves camerounaises, l’enjeu n’est plus seulement d’être recensées dans une étude. Il est enfin d’être pleinement reconnues dans leurs droits et protégées par les institutions de la République.
Jean -René Meva’a Amougou


