Faux uniformes, vrais dangers : brouille sur les radars de l’autorité publique
À Yaoundé, le ministère de l’Administration territoriale a récemment dissous une association se réclamant d’une « Police d’intervention Générale » et mis en garde une autre, la « Chaplain Ambassadors Peace Mission », pour port d’uniformes proches de ceux des forces de défense et des Nations Unies.

Au marché Mokolo, la nouvelle fait réagir. « Quand on voit quelqu’un en uniforme, on suppose qu’il a l’autorité. Mais si demain c’est une association privée qui se déguise, comment distinguer le vrai du faux ? », s’interroge Taptcheu Madeleine, commerçante de tissus. À ses côtés, un jeune vendeur à la volée, Serge, ajoute : « C’est vrai ce que tu dis. Dans nos quartiers actuellement, certaines personnes profitent de ces tenues pour intimider les gens. On ne sait plus qui est qui et à qui faire confiance ». Ces témoignages illustrent une inquiétude diffuse : l’usurpation des signes de l’autorité publique ne relève pas seulement du folklore, elle touche directement la vie quotidienne des citoyens.
Le ministre Paul Atanga Nji a tranché : retrait du récépissé délivré en 1998 à la « Police d’intervention Générale » et interdiction de ses activités, tandis que la CAPM est sommée de cesser ses pratiques sous peine de dissolution. Contacté par Intégration, un responsable du Minat qui a requis l’anonymat, explique : « Nous nous devons de protéger l’image et la crédibilité de nos institutions. Ces associations créent une confusion dangereuse, surtout dans le contexte sécuritaire fragile que connait notre pays ». Dans la ville de Yaoundé, certains habitants redoutent l’impact de ces faux uniformes. « Ici, un habit militaire peut suffire à intimider d’honnêtes citoyens et créer une confusion. Si ce sont des civils déguisés, cela met tout le monde en danger », confie Moussa, sauveteur au marché central de Yaoundé. Son témoignage rappelle que la confusion entre acteurs civils et figures d’autorité peut avoir des conséquences directes sur la sécurité des citoyens.
Pour l’association locale Justice et Paix, qui suit les questions de gouvernance, le problème dépasse le simple cas de deux associations. « Nous avons recensé plusieurs structures qui se présentent comme des « missions de paix » ou des « polices humanitaires ». Elles exploitent la soif de reconnaissance sociale et parfois la vulnérabilité des populations. Le risque est que ces officines deviennent des instruments d’extorsion ou de manipulation », analyse son coordinateur, Armand Ngassa.
Pourquoi une dissolution immédiate pour l’une et un avertissement pour l’autre ? L’absence de critères clairs laisse planer le doute. Pour l’observateur social, Guy tatou, cette différence traduit une gestion au cas par cas, sans doctrine uniforme. « Cela crée un flou qui peut être exploité par d’autres associations similaires », souligne-t-il. Au-delà des sanctions ponctuelles, la question reste entière : combien d’autres structures opèrent sous le radar administratif ? Dans un pays confronté à des crises sécuritaires multiples, la vigilance des autorités locales devient cruciale. Mais tant que le système d’enregistrement restera perméable, les sanctions a posteriori risquent de courir derrière un phénomène en constante recomposition.
En frappant deux associations, le Minat envoie un signal fort. Mais sur le terrain, les citoyens attendent plus qu’un communiqué : une garantie que l’uniforme, symbole d’autorité, ne sera plus détourné à des fins douteuses. Car derrière chaque faux galon, c’est la confiance dans l’État qui vacille.
Tom


