A la uneINTÉGRATION RÉGIONALEMAIN COURANTE

Gouvernance des entreprises publiques : la rentabilité sacrifiée à l’autel des nominations

Le constat y afférent est établi par la professeure Viviane Ondoua Biwole dans son ouvrage Le casting du pouvoir : comment nommer un directeur général d’entreprise.

Le débat public s’est enflammé au Cameroun à chaque fois qu’une entreprise publique a été épinglée par les autorités de contrôle des comptes. Entre pertes financières, détournements de fonds et entreprises éternellement sous assistance de l’État, les sujets pour dénoncer la mauvaise gouvernance ont connu toutes sortes d’analyses, provenant de tous les profils de Camerounais, sans distinction. C’est au tour de la professeure Viviane Ondoua Biwole de s’en mêler. Sans passion aucune, elle énonce, trois textes à l’appui, que les entreprises publiques camerounaises sont juridiquement soumises à une obligation de performance. Seul bémol : elle documente, chiffres à la clé, à quel point les nominations à la tête de ces structures ignorent ce critère. Le débat, pris sous l’angle de l’expertise, interroge l’intérêt de jauger les résultats de la Sonara, de Camtel ou encore de Camair-Co. Son ouvrage Le casting du pouvoir : comment nommer un directeur général d’entreprise – tome 3 d’une série consacrée au cycle de vie du dirigeant public – fixe la boussole d’un débat inhérent. Non sous le prisme de ce seul constat juridique, mais à la lumière de la confrontation entre l’exigence légale et la réalité des choix opérés. Une obligation de performance

Tout part de la loi n° 2017/011 du 12 juillet 2017, qui refond le statut des entreprises publiques camerounaises. On y définit la performance comme « la capacité de mener une action pour obtenir des résultats conformes à des objectifs préalablement fixés, en minimisant les coûts des ressources ». Le même texte lie la rémunération des administrateurs aux résultats de l’entreprise — une disposition qui n’aurait, souligne l’étude, « aucun sens si l’entreprise publique était juridiquement dispensée de dégager un résultat ». Le décret n° 2019/320 du 19 juin 2019 se veut plus explicite sur la question. Il énonce que le dispositif institué vise à « garantir la performance des établissements publics, ainsi que la compétitivité et la rentabilité des entreprises publiques ». Au total, quinze textes ou documents officiels convergent vers la soutenabilité des engagements des entreprises. Ils autorisent leurs conseils d’administration à fixer des objectifs et à évaluer chaque année le directeur général.

Qui choisit ceux qui dirigent ?
C’est là que le second volet de l’étude prend tout son sens. Il rappelle que les organes sociaux de ces structures devraient désigner eux-mêmes leurs dirigeants, conformément au droit des affaires OHADA, renseigne l’experte en management et gouvernance publique. Toutes choses qui restent à mettre en pratique, car le constat de la professeure d’université est sans ambiguïté. Les directeurs généraux sont nommés par décret présidentiel, la décision se prenant bien en amont de toute délibération des conseils. Ici, celui qui signe l’acte n’est pas celui qui a réellement choisi, et aucune disposition en vigueur n’impose de profil de poste publié, d’appel à candidatures ou de comité de sélection. Résultat visible : « La surreprésentation des administrateurs civils à la présidence des conseils, et la présence documentée d’enseignants-universitaires à des postes sans lien apparent avec leur discipline d’origine, ne doivent pas être interprétées comme la seule conséquence d’une politique de sélection par les compétences insuffisamment rigoureuse », lit-on. Plus encore: sur 240 dirigeants nommés à la tête de 92 entreprises et établissements publics, les profils financiers et gestionnaires ne représentent que 2,3 % de l’encadrement. Entendez par là que l’obligation légale de rentabilité cohabite avec une procédure de sélection qui ne vérifie, structurellement, ni compétence financière ni expérience de gestion au Cameroun.
L’ouvrage plaide pour une publication annuelle de l’état des mandats en cours, la publication des profils de poste avant chaque nomination, entre autres mesures.

Louise Nsana

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page