A la uneINTÉGRATION RÉGIONALEMAIN COURANTE

Libre circulation en zone CEMAC : le combat continue malgré l’embellie

Tel est le message issu de la 3ᵉ édition des CEMAC Talks, tenus mercredi en direct du site de la Foire transfrontalière d’Afrique centrale (Fotrac).

La 3ᵉ édition des CEMAC Talks a réuni du beau monde, ce 29 juillet 2026, autour de la thématique: « Ouvrir les frontières vers un marché unique africain : renforcer la libre circulation pour stimuler le commerce en Afrique centrale ». L’occasion d’en débattre mercredi y seyait. Il en est de même du cadre, nul autre que le site de la Foire transfrontalière d’Afrique centrale (Fotrac), qui fait converger à Yaoundé une centaine d’entrepreneures du Gabon, du Tchad, de la Centrafrique, de la Guinée équatoriale, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, entre autres. C’est dire tout l’intérêt de la problématique abordée dans cet espace temporaire de négoce et de valorisation des savoir-faire tous azimuts. « Le thème qui nous réunit aujourd’hui vise à poser la problématique de ce qui constitue une urgence stratégique pour nos États.

Alors que le continent se mobilise autour de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et que, pour beaucoup d’opérateurs économiques de notre région, il est inutile de parler d’intégration africaine tant qu’à échelle réduite, la CEMAC tarde encore à prouver ses effets, ce thème nous interpelle tous. Le diagnostic de notre intégration commerciale reste sans complaisance. Malgré notre engagement, le commerce intracommunautaire en zone CEMAC demeure structurellement faible, représentant 3,9 % du commerce total de la zone, selon les chiffres du dernier rapport de surveillance commerciale 2023 de la CEMAC, et n’a jamais dépassé les 6 %, alors que dans les autres communautés économiques régionales en Afrique, ce taux avoisine souvent les 20 % », indique le représentant de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) au Cameroun, Guillaume Boum Bissaï.

Son propos invite à une analyse des écueils qui entravent encore le commerce intra-régional. L’urgence appelle à l’action. Mais, pour une fois, les esprits sont habités d’un brin d’optimisme. La raison tient à la récente embellie sur les corridors de transport, liée notamment à la réduction des contrôles illégaux sur ces grands axes de liaison inter-États et à la diminution des tracasseries administratives aux postes de frontières. « On ne revient plus sur les tracasseries, les violences basées sur le genre, les difficultés à commercer, surtout les transactions administratives. Mais on voit vraiment les avancées. Vous voyez ces femmes, ici, par centaines, qui, par leurs propres moyens financiers et matériels, se déplacent et parcourent des milliers de kilomètres pour venir à la rencontre des institutions prévenir les conflits. Nos chefs d’État ont écouté la voix des citoyens, ils ont décidé de l’opérationnalisation de toutes les décisions. La mise en place des numéros verts de la Brigade mixte ont donné la possibilité à ces femmes de dire non et même d’avoir une voie de recours », a déclaré la présidente du Réseau des femmes actives de la CEMAC (Refac), Danielle Nlate.

Des objectifs
La somme des contributions entendues mercredi durant ce 3ᵉ CEMAC Talk converge vers une ambition : abolir définitivement les entraves qui freinent encore la matérialisation du marché commun. Il y en a quatre en la matière. À savoir : la fragmentation réglementaire, le déficit d’infrastructures, la prédominance de l’informel et la faible mobilité du capital humain. « La transparence fait vraiment défaut au niveau de nos zones frontalières. Quand vous arrivez, par exemple, dans la zone des trois frontières Cameroun, Gabon, Guinée équatoriale, vous ne savez pas qui fait quoi. Et là, exactement, c’est ce que j’appelle la fragmentation réglementaire. Les droits de douane en Guinée équatoriale, au Cameroun ou au Gabon ne sont pas les mêmes, et les acteurs sont perdus. Et c’est justement la méconnaissance des textes liés à cette libre circulation qui nous conduit à cette situation. Il faut publier les règles de régulation commerciale, les normes administratives. Dans les médias, il faut développer l’intégrité, l’éthique », a souligné le Professeur Henri Ngoa Tabi, chef du Département d’économie internationale et du développement de l’Université de Yaoundé II.

Son discours, dans sa globalité, s’est construit autour d’actions concrètes à mener, à l’instar de l’application et de la vulgarisation des articles 8 et 10 de l’Accord sur la ZLECAf, relatifs à la facilitation des échanges et à la transparence; la publication des règles et l’harmonisation des procédures; le renforcement de la production locale; la création d’une zone industrielle spéciale dans la zone des trois frontières comme guichet unique pour fluidifier les échanges et structurer des chaînes de valeur régionales; la consolidation du marché intérieur de la CEMAC; ainsi que la digitalisation des procédures, qui est impérative.

Louise Nsana

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page