Mon Diplôme mon Emploi ?

Bientôt les carillons de l’année scolaire et académique sonneront. La course vers le savoir reprendra de plus belle pour plus de 8 millions d’apprenants. Les portes des milliers d’établissements rouvriront, pour le compte de la saison 2026/2027.

Cette course à chaque niveau, est prospective pour chacun de ces apprenants, parce qu’à la ligne d’arrivée, qu’elle s’annonce proche ou lointaine, reste l’obtention d’un diplôme pour un futur emploi. Mais le décor ne permet pas de s’y attendre d’emblée, si des réajustements nécessaires ne sont pas engagés par les pouvoirs publics, même si c’est légitime d’espérer.
En attendant les résultats du GCE O level et A level, du sous-système scolaire anglophone, et considérant les résultats enregistrés dans le sous-système scolaire francophone, cette année scolaire 2025/2026, la ‘’destination emploi’’, a son horizon dans le brouillard. Plus de 8,5 millions d’écoliers et d’élèves iront vers cette conquête du savoir, outre les plus de 410.000 étudiants de l’enseignement supérieur dont peu sont dans les filières professionnelles. Au bout de chaque cursus, un diplôme est attendu. Un parchemin qui devra servir de passerelle pour le monde professionnel. Environ 900.000 étudiants obtiennent chaque année leur licence, 390.000 décrochent un Master. Tous ces jeunes Camerounais ont le regard, tourné vers la Fonction Publique, dont l’effectif actuel de fonctionnaires est officiellement de 306.159. Sa masse salariale mensuelle s’élevant à 1,19 milliards de FCFA. Le Ministre de la Fonction Publique, Joseph Le, le 19 juin dernier devant l’Assemblée Nationale, annonçait une baisse de 13,19% de ces salariés, la masse salariale elle, bondissant à 39,7%. Deux mesures qui font réfléchir. Car le ratio de soutenabilité CEMAC, demande que seuls 35% des recettes fiscales soient réservées aux recrutements à limiter de ce fait. Un engagement qui nous tient.
La grande désillusion
Même par les temps difficiles, l'État a toujours eu à renouveler ou réhausser numériquement, les effectifs de ses travailleurs. Si cette saison 2026 n'est ouverte, et par voie de concours directs, que 2090 places, c'est tenir aussi un pari annuel contre le chômage. Pourtant ces chiffres seraient quasi insignifiants, si le dixième des 900.000 étudiants qui obtiennent chaque année leur licence, se lançaient à cette compétition en vue de leur recrutement. Le grand nombre resterait sur le carreau. Le diplôme ainsi obtenu n’aurait pas satisfait les attentes de ses détenteurs respectifs. Dirait-on dans ce cas que l’école ne porte pas les fruits de ses promesses ? Cette situation, reste doublement interpellative. Dans un premier temps, il faut redéfinir le rôle de l’école dans sa généralité, et, ensuite, apporter une solution durable aux illusions perdues.
La confusion à absoudre
Aller à l’école a trop longtemps été faussement assimilé à une passerelle vers l’obtention d’un emploi. Comme justement c’était vrai à une époque ! Mais l’explosion démographique, avec un heureux corollaire qui est la démocratisation du savoir, a généré et imposé un nouvel ordre: celui de la compétence. Nos concours de la Fonction Publique ont et auront toujours des besoins limités. Bien parce que l’État Camerounais, et aucun État au monde, ne peut donner du travail à tous ses diplômés. Avis aux naïfs et attentistes. Rappelons-nous le rôle de l’école : outiller les apprenants, à pouvoir, face à chaque situation de la vie sociale, se défendre pour tirer chacun son épingle du jeu des exigences vitales. Voilà la vocation première de l’école. Toujours la fréquenter donne un sens hautement responsable.
Esquisses des Solutions Suggérées
La solution qui s’impose à l’État, dans son rôle régalien, se résume à restructurer l’école, à tous les niveaux, par une profonde réorientation et une refonte réaliste des programmes. Et la société est en droit d’en exiger de pouvoirs publics. Désormais donc, l’école Camerounaise, serait le moule des créateurs d’emplois, pas des chercheurs d’emplois. Audacieusement, l’État aurait organisé, non dans des discours, mais des actes concrets, la mort et les funérailles du chômage tant décrié.
Si un diplôme est un document officiel qui valide un parcours d’apprentissage formel et des examens réussis, il devrait au Cameroun, et dans le contexte du chômage devenu criard et augurant des jours plus difficiles en matière d’emplois, s’émanciper de certaines contraintes de la mondialisation, en matière de formation. S’affranchirait-on peut-être de la course féroce pour l’obtenir, et parfois par tous les moyens.
Déplaçons le débat, ou son objet précisément. Si l’État, pas dépassé, mais limité – comme partout dans le monde – par son offre en matière d’emplois, face à une demande exponentielle et progressive, redynamise et diversifie ses solutions. Qu’il fasse accepter dans une généreuse résilience qu’un diplôme obtenu, n’équivaut pas automatiquement une place à la Fonction Publique. Qu’il accepte d’être tenu par la barbe pour l’invention des solutions structurelles dans tous les secteurs d’activités existantes, commençant par valoriser le secteur de l’informel dans toute sa dimension. Et le chômage ambiant s’estompera avec ou sans diplôme.-
Théologien Maffira


