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RFI ou le ministère officieux des réponses

Il fut un temps où les journalistes locaux couraient après les ministres. Aujourd’hui, ils courent après… RFI ( Radio France Internationale).

C’est plus simple. On allume la radio, on tend l’oreille, et l’on découvre enfin ce que le gouvernement pense des grandes secousses politiques du moment. L’interview est devenue un service public… mais diffusé depuis Paris.
À Yaoundé, le rituel est désormais bien huilé. Une polémique éclate. Les rédactions nationales appellent, écrivent, relancent, sollicitent. Les téléphones sonnent dans le vide avec une régularité de métronome. Les communiqués, eux, gardent le silence olympique. Puis, soudain, une voix surgit sur les ondes de RFI. Miracle : le gouvernement parle. Les rédactions locales respirent enfin. Elles n’ont plus qu’à reprendre, commenter, analyser… ce qu’elles auraient aimé obtenir elles-mêmes.
Le journaliste camerounais est devenu un drôle de pêcheur. Il ne lance plus sa ligne dans les eaux du ministère, mais dans le flux des radios internationales. L’information ne se décroche plus au bout d’un carnet d’adresses ; elle s’attend, patiemment, comme un train dont le quai se trouve à l’étranger.

À force, une étrange hiérarchie s’installe. Les médias nationaux, pourtant premiers témoins des réalités du pays, semblent condamnés au rôle de spectateurs privilégiés. Ils ne révèlent plus l’information ; ils applaudissent son arrivée. Ils ne questionnent plus directement le pouvoir ; ils commentent les réponses accordées ailleurs.
Le plus ironique est que cette dépendance finit par paraître normale. Comme si la parole officielle avait besoin d’un visa médiatique avant de rentrer au Cameroun. Comme si certaines questions ne devenaient sérieuses qu’une fois posées avec un accent venu d’ailleurs.

Personne ne conteste le droit d’un responsable public de répondre à un média international. C’est le jeu de la diplomatie médiatique. Mais lorsque les sujets qui agitent quotidiennement les Camerounais trouvent d’abord leurs réponses hors des frontières médiatiques nationales, une question s’impose : à qui parle-t-on en priorité ? Car un pays ne construit pas seulement ses routes ou ses barrages ; il construit aussi son espace public. Et cet espace repose sur des journalistes capables d’interroger leurs dirigeants sans avoir à tendre la sébile de l’information. Une presse qui mendie les réponses finit toujours par perdre le réflexe de poser les questions.

Le paradoxe est cruel. Les médias camerounais couvrent les conférences, suivent les cérémonies, reproduisent les communiqués, occupent les premiers rangs. Pourtant, lorsque vient le moment de la parole qui compte, ils découvrent parfois leur propre actualité… sur les fréquences d’une radio étrangère.

Au fond, le problème n’est pas RFI. Une radio fait son métier. La vraie interrogation est ailleurs : pourquoi les journalistes d’ici doivent-ils si souvent traverser les ondes pour entendre ce qui aurait pu leur être dit, ici, chez eux ? Tant que cette question restera sans réponse, le commentaire continuera de prospérer… faute d’avoir pu faire l’interview.

Jean-René Meva’a Amougou

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