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Gaz domestique : bouteilles en rade, ménages en parade

Face à la pénurie persistante des bonbonnes orange de la SCTM, certains dépôts de gaz rachètent les bouteilles vides entre 16 500 et 18 500 FCFA. Une solution de fortune qui permet aux ménages de passer chez Tradex, Camgaz, Ola ou Neptune, en attendant …

Au Cameroun, même les bouteilles de gaz ont appris à faire du commerce. Quand la bonbonne orange de la Société camerounaise de transformation métallique (SCTM) ne trouve plus de gaz à mettre dans son ventre, les dépôts lui trouvent une seconde vie : la racheter, puis permettre à son propriétaire de repartir avec une bouteille d’une autre marque. Une forme d’interchangeabilité devenue, à défaut d’être organisée, une petite économie de survie.

Sur le terrain…
À Nsam, dans l’arrondissement de Yaoundé III, le mécanisme est désormais bien rodé. Les gestionnaires de dépôts rachètent les bouteilles SCTM de 12,5 kilogrammes autour de 16 500 à 18 500 FCFA. L’opération permet aux ménages de récupérer une bonbonne compatible avec le gaz disponible sur le marché, notamment sous les marques Tradex, Camgaz, Ola ou Neptune.
« La bouteille SCTM, nous l’achetons à 10 000 FCFA. Les 6 500, voire les 8 500 FCFA supplémentaires, correspondent au gaz vendu », explique, sous couvert d’anonymat, un propriétaire de dépôt. Le commerçant assume une démarche qui tient autant du business que du service public improvisé. « Il faut aider les ménages qui ne savent plus quoi faire de leurs bouteilles SCTM. La vie est déjà chère. Si on ajoute le bois de chauffage, qui devient rare, et le charbon, les familles ne s’en sortent plus. C’est mieux d’avoir une bouteille de gaz à la maison », poursuit-il.
Ce 7 août, l’ambiance devant son dépôt confirme l’existence d’un marché inattendu. Des hommes et surtout des femmes viennent se débarrasser de leur bonbonne orange. Pas par choix, mais parce qu’elle est devenue, provisoirement, un objet aussi utile qu’inutile.

Une cliente raconte avoir passé trois mois à chercher comment cuisiner avec une bouteille SCTM devenue impossible à recharger. « On ne nous explique pas les motifs de cette pénurie. On est dans les rumeurs », souffle-t-elle. Et la question revient comme une casserole sur le feu : quand la SCTM reprendra-t-elle normalement ses activités ?
Le phénomène n’est d’ailleurs pas nouveau. En 2016, une pénurie similaire avait déjà plongé de nombreux ménages dans la débrouille. À l’époque comme aujourd’hui, les femmes, premières concernées par les difficultés quotidiennes de cuisson, se retrouvent à jongler entre gaz, charbon et bois.

Un pari sur une bonbonne orange
Pour les dépôts, l’opération n’est pourtant pas sans risque. « Si la SCTM ne relance pas ses activités, ces bouteilles ne me serviront à rien. On joue au tombola, dans l’espoir que la situation va s’arranger », reconnaît le commerçant.
Autrement dit, derrière l’apparente bonne affaire se cache un pari industriel. Les bouteilles SCTM rachetées sont stockées dans l’attente d’une reprise de l’activité. Si celle-ci intervient, elles retrouveront leur circuit. Sinon, elles risquent de devenir les vestiges métalliques d’une crise d’approvisionnement.

« Actualités »
Selon des sources proches du dossier, la pénurie pourrait connaître une issue rapide. Le gaz SCTM, reconnaissable à sa couleur orange, pourrait être de nouveau disponible sur l’ensemble du territoire à partir du 10 août, si le calendrier annoncé est respecté. Une perspective qui soulagerait les ménages après plusieurs semaines de bricolage.

À l’origine de cette situation, une dette de la SCTM envers la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), qui aurait perturbé l’approvisionnement de l’entreprise en produit GPL. Et le problème dépasse largement la seule entreprise. Avec environ 38 % du marché camerounais du gaz domestique, la SCTM n’est pas un petit joueur que l’on peut remplacer d’un claquement de doigts. Son absence crée mécaniquement un trou dans la chaîne d’approvisionnement. GC’est là tout le paradoxe de cette crise : les bouteilles, elles, sont toujours là. Ce qui manque, c’est le gaz pour les remplir.

Alors les dépôts inventent leur propre système d’interchangeabilité. Une bouteille orange contre une autre bouteille, quelques billets en plus, et la cuisine peut reprendre. En attendant que l’industrie se remette en marche.

Olivier Mbessité

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