Route Ngaoundéré-Garoua : le grand ouf des communautés riveraines

Sur la Nationale N°1, il y a ceux qui regardent les engins et ceux qui regardent déjà plus loin. Les premiers voient des bulldozers, des camions, des bases vie. Les seconds voient surtout une route où l’on pourra enfin rouler sans serrer les dents.

À Mbé, le soulagement est presque palpable. Dans les regards, quelque chose s’est détendu. Après des années à composer avec les ralentissements, les secousses, la poussière et les interminables heures de trajet, les populations accueillent la reconstruction comme on accueille une délivrance. Pas besoin de grands discours : un sourire, un signe de tête vers les machines et ce petit « ouf » qui en dit long.
Ici, la route n’est pas seulement une bande d’asphalte. Elle est le chemin du marché, de l’école, de l’hôpital, du champ et du camion chargé de récoltes. Elle est le fil qui relie les familles, les villages et les villes. Quand elle se dégrade, c’est toute une vie qui ralentit.
Alors, voir les travaux commencer a quelque chose de rassurant. Les commerçants pensent aux marchandises qui arriveront plus vite. Les producteurs agricoles espèrent vendre sans voir une partie de leurs récoltes perdre de la valeur en chemin. Les transporteurs, eux, rêvent déjà de pneus moins malmenés et de moteurs moins sollicités. Quant aux voyageurs, ils imaginent ce luxe devenu presque extraordinaire : arriver à l’heure.
Le 10 août 2026, lorsque le ministre des Travaux publics parcourt l’itinéraire Garoua-Ngaoundéré en 4 h 40, le chiffre fait parler. Parce qu’il donne une mesure concrète de ce que pourrait devenir demain cette liaison. Les 266 kilomètres ne sont plus seulement une distance : ils deviennent une promesse de temps retrouvé.
Échos
Selon le récit de nos confrères de la CRTV, dans les villages traversés, on observe les chantiers avec cette patience particulière de ceux qui ont trop attendu pour se réjouir trop vite. Mais cette fois, les machines sont là. Les entreprises sont installées. Les travaux ont commencé. Et cela suffit à faire naître l’espoir. En clair, les riverains savent ce que représente cette route. Pour les transporteurs, c’est une artère vitale. Pour les agriculteurs, c’est le chemin qui mène les récoltes vers les marchés. Pour les familles, c’est la liaison entre deux grandes villes dont la distance se mesure moins en kilomètres qu’en heures passées sur la chaussée.
Le vrai changement, peut-être, se lit dans une phrase toute simple, lâchée au bord de la route : « Ça va enfin aller. » Trois mots, et tout est dit. Car derrière les kilomètres à reconstruire, les marchés à désenclaver et les délais à respecter, il y a une aspiration beaucoup plus banale : ne plus subir la route. Ne plus partir avec l’idée que le voyage sera long. Ne plus calculer les heures de retard. Ne plus voir chaque nid-de-poule comme une embuscade. Ne plus transformer 266 kilomètres en aventure.
Dans 24 mois, si les promesses deviennent réalité, les populations espèrent retrouver quelque chose que la mauvaise route leur avait confisqué : le temps. Et, en attendant, elles regardent les engins travailler. Avec prudence. Avec impatience. Mais surtout avec ce petit sourire de ceux qui peuvent enfin pousser un grand ouf de soulagement.
Bobo Ousmanou


